Au CCLJ

Mickey à Gurs

Mardi 2 décembre 2014 par Véronique Lemberg et Vladimir Grigorieff
Publié dans Regards n°810

Dans Mickey à Gurs. Les carnets de dessins de Horst Rosenthal (éd. Calmann-Lévy), Joël Kotek, historien et directeur de publication de Regards, et Didier Pasamonik, spécialiste de la bande dessinée, publient l’intégralité des planches d’un dessinateur juif enfermé dans le camp d’internement de Gurs entre 1940 et 1942. Joël Kotek présentera ce livre au CCLJ le jeudi 8 janvier 2015 à 20h30.

 
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    Le dernier livre de Joël Kotek et Didier Pasamonik tient la gageure de nous offrir une sorte de triptyque. Le panneau central retracerait l’histoire emblématique de la judaïcité de Breslau (aujourd’hui Wroclaw en Pologne), et donc de l’illusoire, à tout le moins surévaluée symbiose judéo-allemande, qui bascule finalement et tragiquement à l’occasion de la guerre, dans le génocide des Juifs. Le deuxième panneau raconte l’histoire des camps d’internement français, principalement celui de Gurs (Pyrénées-Atlantiques) pour les immigrés allemands (Juifs pour la plupart), victimes d’abord de la xénophobie française, administrative et patriotarde, ensuite de la collaboration vichyste avec le pouvoir nazi occupant. Et le troisième panneau : l’histoire des internés à Gurs, par le biais des trois carnets illustrés et écrits par Horst Rosenthal, jeune Juif socialiste allemand originaire de Breslau. Il y relate son parcours « gursien » de 24 mois avant son transport vers Auschwitz, où il est assassiné à 27 ans en septembre 1942.

    Le parcours d’Horst Rosenthal cristallise le destin tragique des Juifs allemands à travers l’échec de la symbiose judéo-allemande d’une part, et la politique de Vichy d’autre part. « Il se réfugie en France en 1933, parce qu’il croit vraiment au triptyque de la devise républicaine : liberté, égalité, fraternité », explique Joël Kotek. « Il sera arrêté et interné par les autorités françaises en 1939 en tant qu’Allemand ennemi de la France et ensuite, lorsque le régime de Vichy s’installe et que la France collabore avec l’Allemagne, il sera livré à l’occupant allemand comme Juif ! C’est la raison pour laquelle je pense que son histoire est une excellente illustration du sort tragique des Juifs durant la Shoah : ils n’ont nulle part où aller, ils sont pris dans la nasse ».

    On sait que Horst Rosenthal vient de Breslau, mais on ne dispose d’aucune trace de son séjour en France entre 1933 et 1940, ni de la moindre photo de lui. « Pourtant, quand on lit ses carnets, on remarque qu’il maîtrise parfaitement la langue française. C’est à nouveau un superbe exemple d’intégration », insiste Joël Kotek. Comment a-t-on retrouvé ces carnets ? Deux d’entre eux ont été confiés au Centre de documentation juive contemporaine en 1978 par le rabbin Max Ansbacher qui avait rempli les fonctions d’aumônier au camp de Gurs. Ce personnage n’est pas inconnu des Juifs de Belgique, car il est le fondateur de l’Aide aux Israélites victimes de la guerre (AIVG), l’ancêtre du Service social juif de Bruxelles. Le troisième carnet a été récupéré par le Secours suisse, une œuvre caritative. « C’est la sœur Kasser, infirmière du Secours suisse au camp de Gurs, qui s’est probablement vue offrir par Horst Rosenthal ce troisième carnet. Il se trouve aujourd’hui à Zurich », précise Joël Kotek.

    Quintessence de l’innocence juive

    Dans ses carnets, Mickey à Gurs, Horst Rosenthal choisit la figure de Mickey, icône culturelle célèbre pour raconter comment il s’est retrouvé à Gurs. Mickey devient le symbole de l’humain transnational porteur des idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité si mal défendus dans ce camp d’internement. Mickey incarne donc les victimes réelles de la barbarie que sont les petits internés de Gurs, à l’usage desquels (mais pas seulement) ces carnets ont été créés. « A travers un personnage de fiction universel, Mickey, il exprime la quintessence de l’innocence des Juifs », souligne Joël Kotek. A chacun de regarder ces images d’un jeune, et peut-être malhabile, dessinateur, de lire ces textes qui les accompagnent et qui, malgré la censure, laissent deviner la protestation humaine qu’ils manifestent, les rêves qu’ils alimentent, et parfois l’humour qui en allège la dureté.


     
     

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    http://www.respectzone.org/fr/
    • Par Lachman Philippe - 12/01/2015 - 12:49

      Chère Mlle.Lemberg et cher Mr.Grigorieff
      Une petite information ,à mon avis nécessaire conçernant le camp de Gurs.Ce camp a été crée en 1939 et les premiers prisonniers furent les combattants des Brigades Internationales,juifs pour la plupart.On n'en parle pas assez souvent,sinon jamais.Mon opinion n'enlève rien à l'intérêt du livre de Mr.Rosenthal,
      Bien à vous,
      Philippe Lachman