Regards croisés

La mémoire de la Shoah ne protège plus les Juifs

Mardi 2 avril 2013 par Propos recueillis par Nicolas Zomersztajn
Publié dans Regards n°775

La mémoire de la Shoah a pendant de nombreuses années permis de bannir l’antisémitisme. Depuis quelques années, il semble que des verrous ont sauté. Non seulement cette mémoire ne protège plus les Juifs de l’antisémitisme, mais elle se retourne contre eux et contre Israël. Deux historiens, Georges Bensoussan et Joël Kotek, examinent cette évolution inquiétante.

 

Peut-on considérer qu’aujourd’hui le spectre de la Shoah n’est plus capable de disqualifier l’antisémitisme ?

Joël Kotek : La mémoire de la Shoah a protégé les Juifs de l’antisémitisme. Mais on s’aperçoit aujourd’hui que cette mémoire joue contre Israël. On utilise la Shoah pour justifier des sentiments anti-israéliens. Ce retournement se fonde sur la mauvaise conscience occidentale. On dit aux Juifs que les Israéliens font subir aux Palestiniens ce que les nazis leur ont infligé. A travers cette affirmation odieuse et fausse, on voit bien que les Occidentaux nous reprochent toujours le mal qu’ils nous ont fait. La Shoah pèse donc encore énormément sur la conscience occidentale. Les gens ont conscience de la singularité de la Shoah. D’où cette volonté paradoxale de minimiser la Shoah tout en sachant qu’il s’agit d’un événement qui ne peut l’être : soit on minimise la Shoah, soit on enfle exagérément les mauvais côtés d’Israël. Contrairement à ce qu’on pense, la Shoah est encore un passé qui ne passe pas, bien qu’il soit très présent dans les consciences.

Bernanos se serait-il trompé en affirmant qu’Hitler a déshonoré l’antisémitisme ?

Georges Bensoussan : Lorsque Bernanos a écrit ces propos sur l’antisémitisme, il avait raison, car chacun pensait alors qu’on en était guéri pour toujours. Aujourd’hui, il aurait tort, car la Shoah, paradoxalement, légitimise l’antisémitisme. Bernanos ne pouvait le prévoir en 1944. On pense naïvement que la violence constitue une digue pour se protéger des menaces à venir. Or, loin d’être une digue, la violence est un palier qui accoutume à une autre violence, plus dure encore, et à venir. On a dit de la Première Guerre mondiale que c’était la « der des der » : vingt ans plus tard, la Seconde Guerre mondiale a généralisé les massacres de civils, en dehors même du génocide. La Shoah « légitimise » l’antisémitisme au sens où nous sommes envahis par la religion compassionnelle de la Shoah, par une « pleurnicherie victimaire » dont parlent les antisémites et qui encourage toujours le sadisme. A force de répéter que les Juifs sontdes victimes, on finit par les poser en victimes par essence. Le psychisme profond de l’humanité déteste les faibles, et cette haine, paradoxalement, permet à chacun de se sentir fort. Offrir depuis septante ans l’image de Juifs-victimes et faire étalage de leur faiblesse n’est pas sans danger. L’effet boomerang était garanti. Aujourd’hui, il est là.

L’institutionnalisation de la mémoire de la Shoah n’a-t-elle pas transformé cette dernière en un monument sans signifi­cation pour les jeunes générations qui chercheront par ailleurs à transgresser cette mémoire pour contester l’ordre des adultes ?

G. Bensoussan : L’institutionnalisation de la mémoire n’est pas propre à la Shoah. Le phénomène concerne aussi la Première Guerre mondiale. Reste que la mémoire institutionnalisée de la Shoah est devenue l’image de l’ordre établi, celui de dominants qui communient dans une sorte de bondieuserie moralisante peu efficace. Hélas, la Shoah, c’est d’abord le massacre systématique de pauvres gens, d’esseulés du monde et d’abandonnés de toute compassion. Cette dimension cruciale est effacée par une ritournelle moralisante assenée par l’ordre établi. Du coup, il devient facile de contester cet ordre en s’en prenant à cette mémoire officielle, et l’affaire est d’autant plus tragique que les Juifs rescapés anonymes ont été dépossédés de leur histoire après 1945. Cette mémoire est confisquée depuis longtemps par les notables, les Etats ou les institutions internationales. C’est devenu une figure de l’ordre, et toute figure d’ordre appelle nécessairement la transgression. N’exagérons pas pour autant et ne généralisons pas : seule une partie de la jeunesse est concernée par ce phénomène.

Sommes-nous en train de perdre une génération qui devient imperméable à la mémoire de la Shoah ?

J. Kotek : Des blocages existent et ce sont surtout des jeunes issus de l’immigration maghrébine qui les expriment lorsqu’on leur présente la Shoah comme fondement de l’Etat d’Israël. Des blocages apparaissent aussi quand certains leur expliquent que l’évocation de la Shoah sert à masquer d’autres souffrances, notamment liées à la colonisation. C’est la brèche dans laquelle s’enfonce Dieudonné, par exemple. Mais il ne faut pas généraliser. La mémoire de la Shoah est encore bien présente chez les jeunes, même s’il existe une tendance à l’effacement. Plus on s’éloigne de l’événement, plus on le banalise et on l’historicise dans un continuum de violences du 20e siècle. La Shoah perdra donc de sa singularité par la force des choses.

G. Bensoussan : On ne peut pas parler de génération perdue. A travers les formations que nous organisons au Mémorial de la Shoah (Paris) et les informations que nous recueillons dans les lycées, on peut considérer que la transmission de la mémoire est assurée. Il n’empêche que des incidents se produisent, nombreux, répétitifs, ancrés et généralement commis par des jeunes d’origine maghrébine. Les enseignants répugnent à le dire, ils craignent de passer pour « racistes », sinon « islamophobes ». Aujourd’hui, les langues se délient un peu et on finit par reconnaître cette évidence qui ne revient pas à stigmatiser une population. Une partie de l’immigration maghrébine, souvent de bas niveau socioculturel, a importé en Europe des schémas de pensée anti-juive antérieurs à la question du sionisme. Mais parler d’une génération perdue me paraît exagéré : la Shoah fait partie de la conscience européenne, elle est même son ciment. On peut parler en revanche de mémoire vaine : si l’on commémore les morts, mais qu’en même temps l’on refuse de nommer la menace de l’antisémitisme arabo-musulman qui pèse sur les vivants, le souvenir de la Shoah ne sert à rien. Cette mémoire n’est et ne sera que ce que Marx disait de la religion au 19e siècle : « l’âme d’un monde sans âme ».

Pourquoi Israël est-il systématiquementconvoqué lorsqu’il est question de Shoah ? Israël serait-il le produit de la Shoah ?

J. Kotek : Si la Shoah n’a pas créé Israël, la Shoah justifie Israël. Ce qui est différent. Avant cette tragédie, les Juifs pouvaient envisager différentes modalités de la modernité : l’assimilation, le socialisme, le bundisme, l’autonomisme, le communisme, etc. Quand bien même l’assimilation reste une modalité, la Shoah démontre qu’il n’est pas mauvais pour les Juifs d’avoir un Etat-nation, « au cas où » en quelque sorte. A court terme, la Shoah a certes accéléré le processus de création d’Israël, mais à long terme, la Shoah a remis en question la viabilité de cet Etat. Israël aurait dû être peuplé par les Juifs exterminés pendant la Shoah. Et heureusement qu’Israël a été créé, ne fût-ce que pour les Juifs des pays arabes. Ce n’est pas parce qu’Israël a été créé qu’ils ont quitté le monde arabe, mais bien parce que le nationalisme arabe n’a pas été capable d’intégrer des éléments hétérogènes dans les nations nouvellement indépendantes.

G. Bensoussan : Au fil des années, et surtout après 1967, les Israéliens ont accordé à la Shoah une place considérable. Pour des raisons complexes qui ne tiennent d’aucun calcul politique ni d’aucun « complot ». Ainsi, tous les chefs d’Etat étrangers entament leur visite en Israël par un passage à Yad Vashem. Mais, curieusement, ils ne vont jamais se recueillir devant la tombe de Herzl au cimetière des Grands de la nation situé juste à côté ! Par ailleurs, l’idée qu’Israël est né de la Shoah rassure les Occidentaux, elle les déculpabilise. Pourtant, ce lien erroné de cause à effet sape la légitimité de l’Etat d’Israël. Un Etat né de la souffrance et de la compassion est du coup privé de sa véritable légitimité, qui est historique et géographique. Mais cette idée rassure, déculpabilise et délégitimise.

Il n’y aurait de place pour le Juif qu’à condition qu’il soit victime ?

G. Bensoussan : Dans l’économie psychique de l’Occident chrétien, le Juif victime suscite la compassion : on aime sans fin les expositions et les commémorations larmoyantes sur la Shoah, on communie dans son souvenir avec force bougies, tout en étant, selon le discours moutonnier ambiant, « antisioniste » ou « anti-israélien ». Les Juifs morts font l’unanimité dans la sympathie. Mais le Juif qui refuse de se poser en victime, celui que prône l’éthos sioniste dérange une Europe qui, même si elle est largement déchristianisée, demeure imprégnée des schémas chrétiens les plus archaïques. L’Etat d’Israël brouille les repères classiques de l’Occident chrétien, il permet aussi d’apaiser la culpabilité née de la Shoah : « Vous vous comportez comme des nazis avec les Palestiniens », cette débilité véhiculée par Hessel est répétée à l’envi. Du coup, le Palestinien est la figure sainte de la victime, c’est le Christ mis en croix une deuxième fois par les mêmes : les Juifs. Avec la souffrance des Palestiniens (« Gaza = ghetto à ciel ouvert ») répétée jusqu’à plus soif par les médias occidentaux, on assiste dans l’imaginaire chrétien à la réédition de la passion du Christ.

Historien, Georges Bensoussan est rédacteur en chef de la Revue d’histoire de la Shoah et responsable éditorial au Mémorial de la Shoah à Paris. Ses travaux sont consacrés à l’antisémitisme, à la Shoah, au sionisme et à la problématique de la mémoire. Il a notamment publié Europe, une passion génocidaire. Essai d’histoire culturelle (éd. Mille et une nuits) en 2006 et Un nom impérissable. Israël, le sionisme et la destruction des Juifs d’Europe (Seuil) en 2008. Dans son dernier livre publié en 2012, Juifs en pays arabes (Tallandier), il explore les racines du départ massif des Juifs des pays arabes.

Professeur d’histoire de l’Europe à l’Université libre de Bruxelles (ULB), enseignant à Sciences Po (Paris), Joël Kotek s’est spécialisé entre autres dans l’histoire de l’antisémitisme. Il a exercé de 2003 à 2007 la fonction de directeur de la formation au Mémorial de la Shoah de Paris. Il est membre du comité de rédaction de la Revue d’histoire de la Shoah et directeur de publication de la revue Regards.


 
 

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  • Par [email protected] - 16/04/2013 - 19:30

    Israël : un " Etat démocratique ingouvernable"..., son "capital de sympathie perdu"..., inutile de citer les auteurs connus, néanmoins aussi longtemps que la seule volonté sera d'élever des murs et non la conscience politique nécessaire à la paix, plus rien ne vaudra, viendront uniquement des labyrinthes n'offrant que des "sorties" vers d'autres labyrinthes.

    A certains moments de l'histoire, la paix n'est pas "rentable" et ce qui excède le plus le politicien, c'est un citoyen qui a de la mémoire.

    " Je twisterais les mots pour que l'on sache qui vous étiez..." dit le poète, cela pour ma part éloigné de toute candeur, me refusant à oublier la misère des Autres, mes semblables !

    D.L.

  • Par Pierre Meur - 16/04/2013 - 20:07

    La mémoire de la Shoah doit-elle protéger les juifs ou toute l'humanité ? Je veux bien que dans l'esprit du régime nazi les juifs étaient visés (et pas que les juifs), mais doit-on forcément avoir le même regard que les nazis ? Si la Shoah perd de son universalité, c'est justement parce qu'elle est instrumentalisée au seul "profit" d'Israël. Israël aurait pu être un pays témoin et parler au nom des victimes de la Shoah, mais au lieu de ça Israël pratique le même principe que le régime nazi : "la fin justifie les moyens". Ce principe est incompatible avec la mémoire de la Shoah, sauf à rendre raison au régime nazi.

    La Shoah dépasse une vision unilatéralement juive et doit être comprise comme un crime contre l'humanité. Sans cela, les juifs (ou uniquement les israéliens) se dissocient eux-mêmes de l'humanité, et ne peuvent pas se plaindre de la non-reconnaissance de la Shoah qui ne serait plus qu'un crime contre les juifs. Si une identité juive se justifie au nom de la religion, une identité juive laïque perd de sa rationalité. À l'heure de la mondialisation, l'identité juive passe aussi à la grande lessive.

  • Par allegra - 17/04/2013 - 15:38

    Selon Shlomo Sand, qui l'écrit dans son dernier livre « Comment j'ai cessé d'être juif », et le claironne sur divers médias (France Inter, France culture, IReMMo), les Juifs européens aujourd'hui « profitent du capital de souffrance des juifs du passé » (sic). C'est selon lui un des axes de l'identité des Juifs laïques. Il déclare d'ailleurs à sa conférence de l'IReMMO : « Les juifs laïques soutiennent inconditionnellement Israël parce qu'il n'y a pas de culture juive laïque. L'identité juive laïque est vide du point de vue culturel. On a mauvaise conscience parce qu'on n'est pas en Israël et on s'identifie sur la chose qu'on appelle Shoah » Il ne dira d'ailleurs pas génocide, mais massacre. Qu'en pensez-vous ?
    Voir les liens vers ses conférences ici : http://lavissauve3.blogs.nouvelobs.com/archive/2013/04/16/shlomo-sand-le-bien-aime.html

  • Par luc - 18/04/2013 - 10:39

    évidemment il n'y a pas à enlever à Shlomo Sand la responsabilité de son propos, surtout s'il le claironne dans les médias, mais la part de dénégation paraît attestée : quiconque fait bruyamment savoir qu'il a cessé d'être juif a peut-être quelque raison, de craindre qu'on le prenne encore pour tel !

  • Par Pierre Meur - 18/04/2013 - 4:59

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  • Par Pierre Meur - 19/04/2013 - 7:43

    Luc, Shlomo Sand a fait un choix. Cela prouve que même un juif peut faire des choix et qu'il n'est pas enfermé dans sa judéité. Qu'aurait-il à craindre qu'on le prenne encore pour tel ? Dans la vie on ne peut changer que soi-même. C'est la seule façon de changer le monde.

  • Par Yoram - 19/04/2013 - 12:56

    Pierre, je suis un peu troublé par la formule que vous employez : "Shlomo Sand a fait un choix. Cela prouve que même un juif peut faire des choix et qu'il n'est pas enfermé dans sa judéité." Parce qu'en disant cela, en l'appliquant à Sand, vous redonnez existence à "sa" judéité. Votre phrase pourrait n'avoir de sens que dans le cas d'un juif pratiquant dont on pourrait alors dire qu'il n'est pas "enfermé dans sa judéité" et qu'il peut la quitter en cessant de pratiquer le judaïsme, en cessant d'être juif. Là, je ne serais plus réticent que sur votre formule de propriété ("sa" judéité) et peut-être aussi sur votre idée d'enfermement.

  • Par luc - 19/04/2013 - 18:17

    Pierre je n'entendais en aucune façon enlever à Shlomo Sand la responsabilité des choix qui sont les siens mais vous savez bien que les dires d'une personne n'expriment pas forcément, toute sa réalité : il y a le mot, il y a la chose...
    Par ailleurs je suis en désaccord absolu avec votre affirmation selon laquelle "Dans la vie on ne peut changer que soi-même. C'est la seule façon de changer le monde" : dieu merci, les combattants du ghetto de Varsovie ne l'entendaient pas ainsi !

  • Par pierre.meur - 21/04/2013 - 2:31

    Luc : « dieu merci, les combattants du ghetto de Varsovie ne l'entendaient pas ainsi ! ».

    Et qu'ont-ils fait, Luc ? Sinon se changer eux-mêmes ? Reste le résultat du combat. Un rapport de force est une équation qui ne trouve son sens que dans une inégalité. Extrait d'un article paru dans Le Point : « Pendant trois semaines de combats, 7.000 juifs ont été tués, la majorité brûlés vifs, et 50.000 ont été déportés aux camps d'extermination. Le quartier fut complètement rasé ». Il y a eu quelques dizaines de survivants qui ne doivent leur survie qu'à leur capacité à mieux se cacher que les autres. Il n'y a pas de mort digne, et les survivants n'ont rien changé au rapport de force qui leur était imposé.

  • Par luc nemeth - 21/04/2013 - 18:12

    je crois savoir qu'Emilio Lussu, que beaucoup connaissent sans le connaître (c'est lui qui est l'auteur du roman "Un anno sull'altipiano", adapté au cinéma sous le titre "Les hommes contre", et qui est un des films les plus puissants contre la boucherie de 1914) vous a déjà répondu en son temps, Pierre Meur : si l'humanité n'engageait que les combats qu'elle sait gagnés d'avance, nous serions encore au stade de la Préhistoire. De toute façon votre ingratitude n'y changera rien : ils ont fait plus pour l'image du peuple juif, que les insupportables qui font grand déballage de judéité, et n'en finissent pas de salir jusqu'au mot "juif"...

  • Par pierre.meur - 22/04/2013 - 11:48

    Luc, on parlait de changer le monde. Je disais qu'on ne peut le changer qu'en se changeant soi-même, et vous prétendiez le contraire.

    >> « si l'humanité n'engageait que les combats qu'elle sait gagnés d'avance, nous serions encore au stade de la Préhistoire ».
    Ce sont des mots tout ça. Les meilleures causes et les meilleurs combats sont ceux qui ont plus d'effets désirables qu'indésirables. Quels sont ou ont été les effets désirables de la résistance juive de Varsovie ?

    Cet article parle des morts de la Shoah. Quel différence y a-t-il à être massacré sans combattre ou en combattant ? L'honneur ? La gloire ? Ceux qui sont morts sans combattre, sont-ils sans honneur ? Ce n'est pas la victime qui est sans honneur, c'est le bourreau.

    Je suis là pour ouvrir le débat d'idées, pas pour en découdre.

  • Par luc - 22/04/2013 - 17:43

    Pierre vous nous dites être là pour ouvrir le débat, et on ne peutque s'en réjouir, mais vous avez tout de même une facheuse tendance à l'ouvrir sur des bases de "c'est mon opinion, et je la partage", et à le refermer sur des bases de "ce sont des mots tout ça". Quant à vous retrancher... maintenant, comme vous le faites, derrière le fait que "cet article parle des morts de la Shoah" : je m'étonne d'avoir à rappeler que vous avez vous-même introduit dans la discussion d'autres notions comme par exemple celle, dont je ne conteste d'ailleurs pas l'intérêt digestif, selon laquelle "on ne peut changer le monde qu'en se changeant soi-même".

  • Par pierre.meur - 23/04/2013 - 0:34

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  • Par Pierre Meur - 20/04/2013 - 1:08

    Yoram, "sa judéité" peut aussi se comprendre par celle qui lui est attribuée par d'autres. Et puis la judéité est-elle à ce point importante ou intolérable à ses yeux, qu'il faille une déclaration solennelle pour montrer sa désapprobation d'être juif ? De la même manière, on peut aussi se poser la question de la perception de ceux qui lui en font le reproche. On peut changer son avenir, mais peut-on changer son passé ? Un homme moyennant des opérations complexes pourrait devenir femme jusqu'à un certain point, mais deviendrait-il vraiment femme ? Peut-on s'extraire aussi simplement de LA judéité, de sa judaïcité ? Le "crime" d'apostasie dans les religions ne devient grave que s'il est exposé au grand jour aux yeux de tous. Mais cela s'applique aux croyants, pas aux athées. Ceci dit la déjudaïsation de Shlomo Sand concerne plus sa contestation d' "Israël, pays des juifs" que l'identité juive proprement dite, qui est plus riche et qui a plus de contenu que la seule histoire de la moderne Israël.

  • Par Yoram - 20/04/2013 - 18:35

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  • Par pierre.meur - 21/04/2013 - 19:42

    Yoram, je crois qu'il y a une identité juive hors religion. Je crois aussi que le rejet de cette identité juive est aussi un droit de Shlomo Sand. Comment pourait-on s'y opposer et pourquoi ? Le libre arbitre existe et chacun sait ce qu'il fait.

    La conclusion que je fait de la contestation de Shlomo Sand sur Israël est ma perception rapide. Je n'ai jamais lu Shlomo Sand. Si je me trompe, dites-moi quelle est la conclusion que vous en faite.

    Si je suis ici, c'est bien parce que la judéité m'intéresse. Les juifs existent, non ? Les israéliens aussi. Les deux se trouvent sur ce forum. Je n'ai pas d'à priori sur les juifs, par contre j'en ai sur Israël. Autant dissiper mes doutes, ne croyez-vous pas ?

  • Par sucher - 20/04/2013 - 20:03

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  • Par pierre.meur - 21/04/2013 - 19:48

    sucher, ne pensez pas à ma place. Commentez un peu plus vos interventions. Sous-entendez-vous que je suis antisémite et partial ?

  • Par sucher - 22/04/2013 - 12:07

    Je ne vous connais pas et je ne me permettrais pas de sous-entendre quoi que ce soit en ce qui vous concerne. Je relevais simplement, dans certains de vos commentaires, une sorte d'esprit du temps qui correspond quelque part à l'article. Je vous rejoins évidemment sur la portée universelle de la Shoah qui reste pour moi le paradigme de la pensée contemporaine. C'est pourquoi j'ai toujours une petite poussée d'urticaire lorsqu'on sous-entend d'une façon ou d'une autre, une quelconque mise en relation entre juifs (ou Israéliens) et nazis.

  • Par pierre.meur - 22/04/2013 - 23:25

    Rassurez-vous, Sucher, j'ai aussi des poussées d'urticaire, mais qui concerne la politique du gouvernement israélien et certainement pas le peuple juif. Je suis convaincu qu'à deux (ou plus), nous pourrons aplanir nos différents si nous nous respectons. il n'y a pas de questions illégitimes, il n'y a que des réponses qui le sont. Apprendre à se connaître, c'est déjà faire un pas vers le respect mutuel.

    Lorsque l'on s'enferme dans nos certitudes, on est comme dans une citadelle où rien ne rentre, mais où rien ne rentre non plus. On finit par ne plus voir que ce qui nous est adjacent. J'ai malheureusement peur que c'est ce qui arrive à Israël.

    La meilleure éducation n'est jamais qu'un formatage. Apprendre à en sortir, nous ouvre un champ énorme de liberté parce que le doute,contrairement à la certitude, est libérateur. Alors, débattons, parce qu'il y a plus dans deux bêtes têtes que dans une seule. D'accord ?

  • Par sucher - 23/04/2013 - 11:01

    là je vous rejoins totalement, vous avez raison et Saddate avait raison, c'est avant tout un problème psychologique dans le sens où beaucoup d'esprits ont peur de sortir de leurs certitudes. Bonne journée à tous

  • Par pierre.meur - 23/04/2013 - 17:18

    Alors débattons, Sucher. Saviez-vous que Sadate animait un réseau d'espionnage en faveur de l'Afrika Korps et qu'il est à l'origine avec la Syrie de la guerre du Kippour (wikipédia). Ceci dit, il a aussi été le premier dirigeant arabe a effectuer une visite officielle en Israël à l'invitation de Menahem Begin, et reçoit la prix Nobel de la Paix, avec Begin, pour les accord de Camp David. Comme quoi, les mauvais deviennent aussi parfois des bons.

    Ce qu'il faut dire lorsque l'on parle des mauvais et des bons, c'est que lorsque l'on désigne l'ennemi, on devient ennemi aussi. Qu'en pensez-vous ?

  • Par luc - 24/04/2013 - 12:24

    je vous ai lu avec attention, Pierre, puisqu'après avoir dit que "lorsque l'on désigne l'ennemi, on devient ennemi aussi", vous nous demandez ce que nous en pensons. J'avoue ne pas voir : où est, le problème. Car enfin si l'ennemi est là, et que l'on prétend ne pas le désigner, on est en droit de le faire, bien sûr : mais lui, ne nous ratera pas. Dès lors le problème devient plutôt de ne pas se tromper d'ennemi (ou de ne pas attribuer arbitrairement cette qualité, à qui ne le mérite pas).
    Mon point de vue est que vous arrivez à une conclusion peu probante, car votre point d'appui est maladroit. Je vous cite : "Ce qu'il faut dire lorsque l'on parle des mauvais et des bons (...)". Or vous reconnaissez vous-même, une ligne plus haut, que les mauvais deviennent aussi parfois des bons. Alors, vous voyez-bien : que ce distinguo entre bons-et-mauvais est inopérant !
    En plus, rien n'est plus facile que de se définir comme "bon" (ou encore, variante, comme : "pas si mauvais que ça"). D'ailleurs les religions, en savent quelque chose, elles, qui ont bâti leur fonds de commerce là-dessus ! Dire "je suis catholique", "je suis juif", etc., c'est toujours, implicitement, dire : je suis un bon catholique, je suis un bon juif, etc. En tout cas moi je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui me dise, "je suis un mauvais catholique", "je suis un mauvais juif", etc.
    Telles sont les raisons pour lesquelles j'aurais tendance, s'agissant de désigner l'ennemi, à laisser de côté ce distinguo entre bons-et-mauvais, qui a au plus une valeur d'intime conviction, et à lui substituer un critère matériel. A tout moment (même si 99% des gens ne s'en aperçoivent pas) le monde est partagé en deux -entre la Liberté, et ce qui s'y oppose. Et c'est bien entre ces deux camps, qu'il nous faut faire un choix qui en bien des cas ne peut être que binaire -même si le bien est rarement présent à 100% d'un côté, et à 0% de l'autre.

  • Par sucher - 23/04/2013 - 18:28

    Les hommes débattent, Dieu rigole...
    Et oui, les mauvais peuvent devenir bons, c'est ce qu'on appelle Liberté

  • Par pierre.meur - 23/04/2013 - 20:27

    Sucher : >> "Les hommes débattent, Dieu rigole..."
    Sucher, définissez "Dieu". Je vous dirai si j'y crois ou s'y j'en rigole. "Dieu" aussi, c'est un bon sujet de débat. Si vous avez envie de commencer, je vous suis, mais soyez plus prolixe. Ne vous économisez pas, par pitié.

    Sucher : >> "Et oui, les mauvais peuvent devenir bons, c'est ce qu'on appelle Liberté"
    Je parlerais plus d'opportunité que de liberté. Pour ouvrir une porte, il faut qu'elle soit fermée.

  • Par luc - 25/04/2013 - 12:03

    eh bien il fallait le dire de suite, Pierre, que vous vous proposez d'enfoncer des portes ouvertes !

  • Par Arslane Klioua - 6/09/2013 - 21:01

    Par quel miracle la Shoah aurait-elle pu ne pas se produire ?... Par quelle espèce de retournement de l'histoire, Hitler aurait-il pu être amené à renoncer à l'extermination des Juifs ?... ...S'il était parvenu, en 1941, à vaincre Staline..., bientôt traduit devant le Tribunal international de Leningrad..., et que le confort de sa position nouvellement acquise, allait inciter Hitler à la solution (non moins diabolique...) d'arriver à faire s'entretuer Juifs et Arabo-musulmans au Moyen-Orient et en Palestine...

    "La Shoah n'aura pas lieu", ou l'ambition d'une démarche intellectuelle qui ne se conçoit que comme une tentative d'atteindre à la négation de la négation par voie de sublimation.

    Le plus humblement du monde.



    Arslane Klioua


    http://www.thebookedition.com/la-shoah-n-aura-pas-lieu-arslane-klioua-p-99395.html