Procès de l'attentat du Musée juif de Belgique

Me Dalne : "DAS" comme "Droit au suicide judiciaire"?

Lundi 18 Février 2019 par G.K. et Belga

Après l’incident relatif à la révocation du sixième juré qui a manqué à son devoir d’impartialité, retardant quelque peu la poursuite des débats, l’avocat de la famille d’Alexandre Strens, Me Dalne, a entamé ce lundi après-midi les plaidoiries des parties civiles en s’en prenant vivement aux méthodes utilisées par la défense de Mehdi Nemmouche.

Me Dalne, conseil de la famille d'Alexandre Strens

« Ce procès manque cruellement, follement d'humanité, de sentiment, de chaleur », a d'emblée dénoncé Me Dalne, qui s'est dit « en colère » contre le manque de respect subi par les victimes de la tuerie. « On a oublié que quatre victimes innocentes ont été abattues dans un attentat terroriste antisémite (…) C'est le premier procès d'un attentat terroriste sur notre sol, et le premier d'une filière. Ce n'est que la première étape (...) avant Paris, Zaventem, Maelbeek ». Le conseil de la famille Strens accuse la défense du principal accusé d'avoir « confisqué » les débats, en faisant le procès de l'instruction, des témoins, des otages en Syrie qui ont subi des « pseudo-tortures », des procureurs traités d'« accusateurs publics et leur guillotine ». En affirmant : « Cette défense ressemble à un bateau ivre ».

Me Dalne a encore jugé inacceptable le procès fait aux victimes : « C'est comme si on devait leur faire porter une responsabilité dans leur mort (...) avec des procès d'intention, des insinuations nauséabondes, des mises en doute de leurs convictions personnelles et philosophiques... ». Avant de s’adresser directement aux jurés : « Je ne voudrais pas qu'on tente maintenant de confisquer votre rôle de juge », a-t-il adressé aux jurés. « Soyez attentifs. On va tenter de déstabiliser votre raisonnement, de vous faire peur, d'instiller l'idée d'une possible erreur et d'ébranler vos certitudes ». Cette stratégie de « salir la mémoire, déplacer le vrai débat des preuves, est vouée à l'échec et vous ne serez pas dupes », a-t-il poursuivi.

"Oui, il est capable de tuer !"

Me Dalne s’est encore étonné que l’accusé Mehdi Nemmouche ne crie pas son innocence ni ne hurle à l’erreur judiciaire, plutôt qu’un « DAS » (droit au silence) répété pendant cinq ans. D'après le conseil de la famille d'Alexandre Strens, l'acronyme s'est transformé en « droit au suicide judiciaire » durant le procès. « Une forme de terrorisme intellectuel est entrée dans ce prétoire, sans kalachnikov, sans revolver, on essaye de déstabiliser les règles, on instaure une certaine crainte, on pense être le maître du jeu », a ajouté l'avocat.

Après être revenu sur le profil de Mehdi Nemmouche, « un sadique, se vantant des exactions qu'il commettait : violer les femmes et égorger les bébés », également décrit pas ses otages français comme « ludique » et « narcissique ». « Mehdi Nemmouche allait devenir quelqu'un, il allait avoir un procès aux assises, sans doute à Paris, et avoir comme avocat le meilleur avocat français, (Eric) Dupond-Moretti », Me Dalne a estimé que « Oui, il est capable de tuer de sang-froid quatre personnes ! ». Et s’il s’est adressé à Nacer Bendrer (pour obtenir une kalachnikov), son subalterne selon l’organigramme de la prison de Salon-de-Provence où les deux accusés se sont rencontrés, « c'est qu'il savait qu'il pouvait compter sur une aide utile ».

En guise de réponse à la défense qui ne semble pas comprendre pourquoi viser le Musée juif, alors qu’un terroriste chercherait des cibles plus « rentables », Me Dalne argumente encore : « En réalité, il fallait un endroit estampillé juif, et moins gardé que l'ambassade d'Israël à Bruxelles ». Le Musée juif, en dépit d’une patrouille de police tournante au moment des faits, ne disposait pas d’entrée sécurisée.

« C'est un attentat, ce n'est pas une exécution ciblée, Alexandre Strens ne fait évidemment pas partie d'un quelconque service secret, pas plus que les époux Riva », insiste Me Dalne. Il conclut : « Alexandre n’avait rien à cacher (…) Il a vu la mort arriver, une balle d'une précision chirurgicale a mis fin à une vie sans histoire, celle d'un citoyen du monde, d'un homme libre ».

Le procès se poursuivra mardi avec la plaidoirie de Me François Koning, conseil de la famille de la victime Dominique Sabrier.


 
 

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