Etude 2012 : Le dialogue judéo-musulman et citoyen à l'épreuve de la haine antisémite

Samedi 1 décembre 2012 par Daniel Bensoussan-Bursztein

Le 19 mars 2012, Mohamed Merah, islamiste franco-algérien âgé de 23 ans, assassinait de sang-froid trois enfants juifs et un adulte à l’entrée de l’école Ozar-Hatorah de Toulouse. Il agissait de même, une semaine auparavant, avec trois militaires dont deux au moins étaient de religion musulmane. Certains commentateurs ont pu écrire ou dire que l’assassin avait visé tout à la fois des juifs et des musulmans. Si dit comme tel, le fait est stricto sensu exact, sa formulation n’en demeure pas moins problématique.

 

En effet, tandis qu’il apparaît évident que c’est le symbole républicain et national qui est en premier lieu visé à travers des militaires, auxquels Merah reproche un engagement supposé au sein de conflits mettant en jeu des pays ou des groupes musulmans (« Tu tues mes frères, je te tue », déclare-t-il à l’adresse d’Imad Ibn-Ziaten qu’il vient d’assassiner de sang-froid), quelle symbolique « coupable » pouvaient bien incarner des enfants âgés de 4 à 8 ans, sinon en l’espèce celui d’être nés juifs, ce crime de la naissance, au fondement du « crime contre l’humanité » selon la définition qu’en donnait feu André Frossard ?

Au-delà de la monstruosité des actes accomplis, l’absence d’une réaction d’envergure, à l’image de l’importante manifestation qui suivit la profanation du cimetière juif de Carpentras, au mois de mai 1990, donne la mesure du climat délétère qui semble avoir gagné une partie tout au moins de la société française. Du succès jamais démenti d’un ancien humoriste reconverti en apôtre de la haine judéophobe, à la diffusion toujours plus grande que connaît la propagande négationniste sur Internet, cet espace virtuel au sein duquel le vrai comme le faux se déploient à égalité, tous les signaux indiquent que la passion antisémite ne s’est jamais aussi bien portée depuis la fin de la guerre que dans la France actuelle. Dramatique, ce constat n’en rend pas moins plus nécessaire que jamais le dialogue judéo-musulman, et plus largement citoyen, seul à même de faire durablement reculer les préjugés et éloigner de la sorte le spectre de la guerre civile. Combattre les préjugés et en premier lieu ceux qui ont trait à ce que d’aucuns appellent l’« importation du conflit israélo-palestinien ». Ce qu’il est convenu de désigner comme la communauté juive, qualification au demeurant impropre tant les identités y sont multiples et parfois contradictoires, n’est pas à l’abri, eu égard à la violence antisémite qu’elle subit depuis plus d’une dizaine d’années, de prendre le chemin du « repli communautaire », expression certes convenue, mais dont le corollaire inévitable demeure in fine l’abandon du cadre républicain.

A Paris, le Centre international de cultures populaires (CICP), lieu historique des plus importantes associations de lutte contre l’extrême droite, est régulièrement la cible d’attaques ou de dégradations de la part de nervis se réclamant de la « communauté juive ». De quoi le CICP est-il coupable aux yeux de ces « justiciers » qui, curieusement, n’ont jamais trouvé le même courage pour s’en prendre à ces « cibles » autrement plus risquées que sont le théâtre de Dieudonné ou l’ex-Tribu Ka, groupe venu « parader » jadis, et sans la moindre réplique, au cœur du quartier juif du Marais ? D’abriter bon nombre d’associations de soutien aux Palestiniens. Un choix que l’on est en droit à l’évidence de critiquer, mais qui ne saurait justifier des actes de violence aussi imbéciles que politiquement contre-productifs. Récemment, le président d’honneur de l’Association France Palestine Solidarité (AFPS), Bernard Ravenel, écrivait au président du CRIF, Richard Prasquier, pour lui faire part des exactions commises par ces voyous se réclamant de la communauté juive. Dans un contexte où le simple nom du « CRIF » suscite les passions, parfois les plus délirantes, il fallait un certain courage pour écrire et rendre public une telle lettre. C’est que la bataille se joue également à l’intérieur du mouvement de soutien aux Palestiniens : peut-on soutenir ces derniers sans verser dans la haine anti-juive ou le refus de l’idée même d’un Etat juif ? Et symétriquement, du côté juif, peut-on exprimer son attachement indéfectible à un Etat juif dans les frontières reconnues internationalement, sans passer sous silence par ailleurs l’ensemble des droits légitimes du peuple arabe palestinien, au premier rang desquels celui de posséder un Etat ? Aussi marginalisés soient-ils, ceux qui au sein des mouvements pro-palestiniens acceptent le principe d’un Etat juif aux côtés d’un futur Etat palestinien, en même temps qu’ils rejettent toute forme de haine judéophobe, peuvent à terme, demain, se révéler les meilleurs alliés politiques de la communauté juive. 


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Ben - 24/12/2012 - 13:19

    Trouvé ceci qui n'est pas inintéressant :

    http://fr.metapedia.org/wiki/Daniel_Bensoussan

    Daniel Bensoussan
    Daniel Bensoussan (connu aussi comme Daniel Bensoussan-Bursztein), militant identitaire et national de confession israélite.
    Fils de Georges Bensoussan (rédacteur en chef de la Revue d'histoire de la Shoah et responsable éditorial au Mémorial de la Shoah de Paris), très hostile à l'immigration extra-européenne, Daniel Bensoussan s'est donné comme tâche de "réconcilier et rapprocher" la droite nationale et la communauté juive.
    Pour ce faire, il eut des contacts étroits avec le Bloc identitaire et le Groupe Sparte, avant d'adhérer au Mouvement national républicain, convaincu que le Front national était "désespérément antisémite".
    A l'automne 2008, son nom a figuré, un court instant, dans la liste des dirigeants de la Nouvelle droite républicaine [1] où il occupait le poste de "délégué aux relations extérieures".
    En septembre 2010, Daniel Bensoussan est apparu dans la liste des collaborateurs du site du Centre communautaire juif laïc de Belgique, et a signé un article antifasciste dans la revue sioniste de gauche Regards[2], ce qui semble indiquer qu'il était alors "passé à gauche" et avait abandonné ses "erreurs de jeunesse"; mais en septembre 2011, il est réapparu "à droite", cette fois dans la proximité du Front national. Cela tout en continuant à collaborer au site du Centre communautaire laïc juif (il y signe, par exemple, un papier sur "Le dialogue judéo-musulman en France d'hier à aujourd'hui" le 17/12/2011).

  • Par daniel bensouss... - 25/12/2012 - 14:39

    Bonjour,

    Sur la "fiche" Metapedia, sachez tout d'abord qu'une plainte est en cours. En effet, outre que ce texte est un tissu de mensonges, le site Metapedia France ne prend jamais en compte les droits de réponse, ce qui est pour le moins contraire au droit de la presse.
    Sur les faits en eux-mêmes:
    - Metapedia est un site d'extrême-droite animé par Christian Bouchet, aujourd'hui cadre du FN, ce que m'a révélé en septembre 2010 le politologue Jean-Yves Camus dans un mail que je garde toujours en ma possession pour ceux qui voudraient y jeter un oeil, et dans lequel Jean-Yves Camus m'écrivait ceci: Je n'ai jamais douté de la fausseté de votre "fiche" Metapedia: j'en connais les responsables, je sais à quoi m'attendre". Je pense que Jean-Yves Camus sait de quoi il parle et si celui qui est objectivement aujourd'hui le meilleur spécialiste des mouvements d'extrême-droite dit de cette fiche qu'il "n'a jamais douté de sa fausseté", je pense qu'on peut le croire.
    - Je n'ai jamais été membre d'aucune organisation identitaire. Ni au Bloc identitaire, ni nulle part ailleurs. J'ai effectivement des liens avec un responsable identitaire, Richard Roudier je précise pour éviter les ragots et les spéculations, que j'apprécie humainement, mais dont je ne partage pas pour autant la vision du monde. On peut discuter avec tel ou tel, apprécier tel ou tel, sans pour autant partager toutes les idées de ses interlocuteurs.
    - "En septembre 2010, Daniel Bensoussan est apparu dans la liste des collaborateurs du site du Centre communautaire juif laïc de Belgique, et a signé un article antifasciste dans la revue sioniste de gauche Regards[2], ce qui semble indiquer qu'il était alors "passé à gauche" et avait abandonné ses "erreurs de jeunesse";" écrit Metapedia.
    En réalité, j'ai dénoncé le danger consistant à imaginer un antisémitisme moins dangereux du côté de l'extrême-droite que des islamistes dès 2007 à l'occasion du procès opposant Robert Badinter à Faurisson. J'y concluais mon article comme suit: "Pour l'heure, dans la salle des pas perdus du palais de justice, je songe à certaines franges de la communauté juive ou il est de bon ton de pointer du doigt un antisémitisme "black-beur" comme le danger majeur auquel ont à faire face les juifs de France. Je songe à tous ceux que j'ai pu entendre se gausser de la lutte contre l'extrême-droite comme d'un combat d'arrière-garde, et je me dis qu'il n'est pas inutile de rappeler que c'est la même France qui refuse l'ouverture de la société française à d'autres qu'aux "gaulois" qui se trouve être toujours en première ligne dans la détestation du fait juif." source: http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2007/03/19/1280-temoignage-sur-le-proces-faurisson-badinter C'était le 19 mars 2007. Le "militant identitaire de confession israélite", on le voit, a de la suite dans les idées.

    - En 2010, je publie pour Regards l'article suivant: http://www.resistances.be/edzion03.html dans lequel je dénonce les tentatives d'alliances entre la frange ultra-minoritaire de la communauté juive et une frange tout aussi minoritaire de l'extrême-droite française.
    -J'ai publié l'an dernier un rapport sur le dialogue judéo-musulman, aujourd'hui en 2012 sur les conséquences de l'Affaire Merah sur le dialogue en question.
    - Enfin, je rappelle que Metapedia est incapable de citer les sources...et pour cause!: La fiche qui m'est consacrée n'est rien d'autre qu'un copier-coller d'un commentaire anonyme publié en 2008 sur le site Nations-Presse Infos par un dénommé "Slava", pseudonyme de Gilles B., ancien cadre du FN et du MNR, que je n'ai jamais rencontré mais avec lequel j'ai effectivement échangé par mail entre novembre 2004 et février 2006 avant finalement de mettre un terme à cet échange. Je précise qu'il s'agissait d'un échange purement privé.
    - Que ceux qui voudraient de plus amples informations sur le militant identitaire partisan du "dialogue judéo-musulman", hostile à l'immigration extra-européenne et professant en privé des opinions négationnistes, ce que Metapedia oublie de dire, peuvent me contacter par l'intermédiaire du CCLJ qui transmettra.

  • Par Votre nom - 25/12/2012 - 20:02

    En tant que Directeur de Regards, je m'inquiète des dérives d'internet. Plainte a été portée depuis plus de deux ans contre Metapedia, ce site néo-nazi qui en est venu à calomnier en toute impunité M. Daniel Bensoussan-Bursztein, l'un des meilleurs spécialistes des mouvances d'extrême-droite française. Et, c'est bien là tout le drame de notre collègue et ami. On ne s'attaque pas impunément à l'extrême droite.
    Prof Dr Joël KOTEK

  • Par Ben - 26/12/2012 - 9:49

    Merci pour ces explications circonstanciées, ainsi que pour la réaction du Pr Kotek. On peut en effet tomber dans les pièges du Net.

  • Par Edith Kuropatwa - 28/12/2012 - 16:07

    J'ai été très heureuse de lire votre message éclairé, judicieux, équilibré! C'est une rare merveille par les temps qui courent!
    Edith Kuropatwa, judéo-catholique, Belgique.

  • Par Tawny - 19/01/2013 - 14:30

    That's an ivnenitve answer to an interesting question