Génocide des Tutsi

Début du procès de Fabien Neretsé à Bruxelles

Lundi 4 novembre 2019 par Belga et G.K.

Avec quelques heures de retard en raison d'une alerte à la bombe, la cour d'assises de Bruxelles a procédé ce lundi 4 novembre 2019 au tirage au sort des jurés pour le procès de Fabien Neretsé, dont les débats débuteront jeudi matin. Ce Rwandais de 71 ans, vivant en France, est accusé de crime de génocide envers les Tutsi et de crimes de guerre, et notamment d'avoir tué une Belge qui vivait à Kigali, Claire Beckers, ainsi que son mari Isaïe Bucyana, et leur fille, Katia Bucyana.

Martine Beckers et Claire Beckers, à l'avant-plan

Claire et Martine Beckers

Aux côté de Martine Beckers, la sœur de Claire assassinée avec sa famille à Kigali, le Collectif belge pour la prévention des crimes de génocide et contre les négationnismes était bien présent ce lundi matin devant le Palais de Justice pour le premier jour de procès de Fabien Neretsé. L’homme, un ingénieur agronome qui avait été directeur de l'OCIR-café, l'office qui réglementait la production, la vente et l'exportation de café au Rwanda, est accusé d’avoir commis, en tant que co-auteur, treize meurtres au moins et trois tentatives de meurtre de civils.

Sept femmes et cinq hommes ont été choisis pour être les jurés effectifs, et six femmes et six hommes ont été choisis pour être les jurés suppléants. Le tirage au sort des jurés a débuté avec plus de trois heures de retard, en raison de l'alerte à la bombe qui a provoqué l'évacuation complète du palais de justice de Bruxelles. 

Les crimes qui font l'objet du procès ont été commis au Rwanda en 1994, durant le génocide des Tutsi et le conflit armé qui a opposé les Forces Armées Rwandaises (FAR) et le Front Patriotique Rwandais (FPR). Fabien Neretsé est en particulier accusé d'avoir tué une Belge, Claire Beckers, le mari de celle-ci, un Rwandais d'origine tutsie, Isaïe Bucyana, et leur fille, Katia Bucyana. Il conteste tous les faits qui lui sont imputés.

Les premiers crimes dont on l'accuse ont eu lieu le 9 avril 1994, dans le quartier de Nyamirambo à Kigali, la capitale du Rwanda. C'est là que vivait l'accusé, avec sa femme et leurs cinq enfants, tout comme la famille Bucyana-Beckers, la famille Sissi et la famille Gakwaya, ayant toutes les trois des origines tutsies.

Ce jour-là, ces trois familles tentent de partir rejoindre un cantonnement de la Mission des Nations Unies pour l'assistance au Rwanda (MINUAR), après que les massacres de Tutsis et de Hutus dits « modérés » ont débuté dans Kigali deux jours plus tôt. Elles se regroupent sur la parcelle de terrain de la famille Sissi lorsqu'un camion de militaires arrive, puis un second, chargés de miliciens Interahamwe. Les membres de ces familles reçoivent alors des coups de la part des Interahamwe, puis sont emmenés à l'arrière de la maison par les militaires qui ouvrent le feu.

Dix personnes trouvent la mort, dont la Belge Claire Beckers, son mari Isaïe Bucyana et leur fille Katia. Un onzième individu est quant à lui abattu en essayant de passer un barrage militaire quelques centaines de mètres plus loin. Néanmoins, deux adolescents parviennent à ressortir indemnes de la fusillade. Une jeune fille de 14 ans est également vivante, bien que blessée, et la grand-mère de la famille Sissi est quant à elle épargnée par les militaires.

Selon l'accusation, c'est Fabien Neretsé et son employé de maison, un prénommé Emmanuel, qui ont averti les militaires et les Interahamwe du départ imminent des familles Beckers-Bucyana, Sissi et Gakwaya.

Les témoignages concernant le déroulement des faits varient, certains impliquant directement l'accusé, d'autres faisant état de leurs impressions.

Un témoin a affirmé que l'employé de maison de l'accusé était présent avec les Interahamwe au moment du crime. Un autre a déclaré avoir vu l'accusé observer les préparatifs de départ des victimes et désigner aux militaires la maison des Sissi. Un autre témoin encore a déclaré que Fabien Neretsé était craint dans le quartier et qu'il dirigeait des Interahamwe. Et une énième personne a affirmé que, selon elle, seuls deux individus ont pu donner l'alerte aux militaires, soit Fabien Neretsé, voisin direct des Sissi, soit le major Evariste Nyampame, dont la parcelle donne sur la façade arrière de la maison des Sissi.

L'accusé nie formellement avoir dénoncé ses voisins, affirmant que la famille Sissi et la sienne étaient très proches. Il conteste également avoir eu à son service un employé de maison se prénommant Emmanuel.

Il a également précisé que sa famille elle-même avait été la cible d'attaques à Kigali, fin mars 1994.

Les seconds crimes dont on accuse Fabien Neretsé ont eu lieu en mai et juin 1994 dans les préfectures de Ruhengeri et Gitarama, au nord-ouest du Rwanda.

Mi-avril 1994, Fabien Neretsé quitte Kigali avec sa famille pour aller vivre dans la maison qu'il possède à Mataba, son village natal, dans la préfecture de Ruhengeri. Selon plusieurs témoins, il y crée et y entretient une milice Interahamwe, qui va perpétrer ensuite de nombreux massacres de Tutsis et de Hutus modérés dans la région.

Le nombre de ces massacres est indéterminé et, pour la plupart des victimes, l'identité est inconnue. Deux de celles-ci sont néanmoins identifiées : Anastase Nzamwita, un ancien employé de l'OCIR-café, et Joseph Mpendwazi, un Hutu modéré

Fabien Neretsé conteste toute implication dans ce crime. Il a notamment déclaré que certains des témoins qui l'accusent lui sont inconnus.

Selon l'accusation, Fabien Neretsé était très proche du régime du président Juvénal Habyarimana, en place en 1994, et de son parti, le MRND. Il provenait, comme la majorité des hauts dignitaires de l'Etat, du Nord du Rwanda, et son épouse était la nièce du médecin personnel du président.

D'après l'accusation toujours, il apparaît que, dans son village natal à Mataba, dans le nord-ouest du Rwanda, l'accusé avait énormément de pouvoir. Les fonctions professionnelles qu'il a occupées et les revenus importants qu'il a accumulés lui ont valu le respect et l'admiration de la population locale. Il a notamment investi dans la création de l'école ACEDI-Mataba en 1989.

La gestion de cette école est un point-clé qui sera débattu durant le procès car l'accusation affirme que c'est entre les murs de cet établissement scolaire que l'accusé a créé et entretenu une milice d'Interahamwe.

25 ans plus tard

Le dossier en Belgique concernant Fabien Neretsé a été ouvert le 26 juillet 1994, très peu de temps après la fin du génocide, à la suite d'une plainte déposée par plusieurs victimes résidant en Belgique. Mais ce n'est qu'en 2002 que Fabien Neretsé a été localisé.

Entre 2002 et 2011, la police belge a effectué plusieurs commissions rogatoires au Rwanda afin de récolter des témoignages pouvant éclairer l'éventuel rôle joué par Fabien Neretsé dans le génocide de 1994.

Il sera finalement interpellé le 29 juin 2011 à son domicile à Angoulême où il s’est réfugié avec sa famille en 1997, et remis à la Belgique deux mois plus tard. L'accusé y sera maintenu en détention préventive jusqu'à mars 2012, avant d'être remis en liberté sous conditions.

Pour rappel, entre le 7 avril et le 18 juillet 1994, entre 800.000 et un million de Tutsi et de Hutu dits « modérés » ont été tués au Rwanda. L'élément considéré comme déclencheur de ce génocide est l'attentat contre l'avion du président du Rwanda Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994, mais il est apparu qu'un véritable projet organisé et planifié d'extermination préexistait.


 
 

Ajouter un commentaire

http://www.respectzone.org/fr/