Funérailles

Ce matin, nous avons enterré Suss

Lundi 28 novembre 2011 par Ouri Wesoly

S’il existe de beaux enterrements, c’en était un. Déjà, il faisait un temps splendide à Kraainem, ce matin : ensoleillé, ni trop froid ni trop venteux. Un temps à prendre son temps. Ca tombait bien : personne n’était pressé de se séparer de Suss.

 

Des gens ? Bien entendu qu’il y avait des gens. Beaucoup. Davantage. En fait, tout le monde était là. Songez à quelqu’un qui aurait pu y être. Et bien, il y était. Et des personnalités ? Evidemment.

Des politiques, surtout. Des importants d’hier, des puissants d’aujourd’hui, des encore ministres - dont beaucoup le redeviendront demain. Et le probable futur Premier ministre, si vous voulez tout savoir.

D’autres du monde des arts ou du spectacle, juifs ou non. Tous là à titre personnel. Pas pour se faire voir. Juste des amis de Suss, passés lui dire « au revoir », comme tout le monde : en jetant une pelletée de terre sur son cercueil.

Et, à l’image de tous les enterrements, avant que ne commence la cérémonie, la foule s’agglutine, les retardataires se pressent d’arriver, les salutations s’échangent, accompagnées de regards attristés.

Une masse mouvante, bourdonnante de conversations. Puis, à mesure que l’attente se prolonge, des éclats de voix, de rire, parfois… A ce sujet, elle n'est pas scientifique, mais on a cette théorie : ce n’est pas (seulement) de la grossièreté ou de l’indifférence. On voit aussi là une protestation (inconsciente, forcément inconsciente) contre le silence et l’immobilité qui prévalent en ce lieu. Une manifestation de la vie, voyez-vous. La vie qui ne se résigne pas, qui se révolte, qui ne parvient pas à y croire.

Surtout dans ce cas précis : Suss, vraiment ? David Susskind ? Là dedans ? Ce n’est pas lui qui va parler alors ? Mais non, ce sont ses proches qui, tour à tour, chacun à leur façon, l’évoqueront.

Amos, son fils en dissimulant son chagrin derrière une sorte de colère, Tony, sa sœur, sa plus vieille compagne de souffrances et de joies aussi, d’une voix brisée se transformant soudain en un hurlement d’agonie.

Tony, qui a apporté un peu de terre d’Israël à mêler à la nôtre. Elle le connaît, elle sait que ça, cela lui  fait vraiment plaisir, à Suss. Et tous qui parleront avec la même émotion, le même sentiment de perte de « leur » Suss.

Et pourtant, et pourtant… Au travers des larmes, de l’émotion mal contenue, plane sur l’assemblée une sorte de légèreté, comme un sourire discret devant une incongruité. Tous ici, ont connu Suss. Chacun sait donc que lui et la mort, cela ne va définitivement pas ensemble.

N’empêche,on avance à présent et le son rauque de la terre tombant sur le cercueil se fait plus fort. L’homme juste devant en jette une fois, deux fois, trois fois, quatre fois. Idée absurde : et s’il n’y en a pas assez pour tout le monde ?

Et puis, on n’a plus du tout envie de rire. A son tour, on saisit la pelle… Ensuite, tout va très vite, on embrasse les proches, on murmure à des amis « Oïf simhès », une façon de dire : « pourvu qu’on se revoie en une occasion plus gaie » en yiddish.

Puis, on s’en va. Il fait toujours soleil. Pourtant, on est mécontent du monde, des autres, de soi. Car on part pour cet endroit étrange : un monde sans Suss.


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par charles&marcelle - 28/11/2011 - 22:09

    C'est avec une grande tristesse que nous avons appris le décès de David Susskind.

    Pour nous, il n'y avait aucun leader communautaire ou rabbin qui a tant apporté au judaïsme que lui.
    Etre laïc tout gardant son appartenance profondément juive. C'est cela qu'il nous a enseigné ainsi qu'une critique juste et constructive de la politique de l'état d'Israël tout en gardant une immense amour pour ce pays.
    Et sa manière de conserver la mémoire de la shoah tout en se battant contre tous les régimes qui persécutent encore dans le monde en s'inspirant du modèle nauséabond de l'extrême droite a ému tant de générations.

    Son enseignement et oeuvre continueront à vivre dans nos coeurs et nous poursuivrons nos visites au CCLJ pour apprécier ce que ce grand homme a apporté au judaïsme et à tous ceux qui aiment l'ouverture sur le monde.

    Charles et Marcelle BRUCE

  • Par pierre loos - 29/11/2011 - 21:30

    merci Oury

    C était tout cela....
    plus ce qu'aucun mot ne peux exprimer


    Pierre Loos

  • Par Creuz Sophie - 29/11/2011 - 21:48



    Et comme le dit si bien Ouri Wesoly, entre rires et larmes, les absents aussi étaient là, en pensée, rivés à leur travail, ils avaient une pensée pour cet homme, ce juste, ce sage, ce grand Monsieur qui inlassablement à jeté des ponts, à tout fait pour relier l'inconciliable, à la recherche de l'Autre, du visage, de l'humanité de l'Autre et de la nôtre en nous. Dans la lucide générosité et l'humilité, qui pour moi sont associés à David Susskind.
    A vous tous, à nous,

    Sophie Creuz

  • Par Sara Bray - 30/11/2011 - 0:16

    J'ai aussi ressenti la présence de la communauté, de ceux qui sont le plus actifs. On était une masse solidaire et nous étoins venus dire à Suss: mir seinen du!

  • Par S.N - 30/11/2011 - 1:15

    Au Maroc pour présenter ses condoléances , on dit à la famille du défunt : "el baraka fikoum" : la prosperité est en vous !
    qui veut dire que le défunt est parti , c est à vous de prendre la relève et d'accomplir le bien en son nom !

    c'est le message que j'aimerais transmettre à la famille de Susskind et à tous ceux qui ont collaboré avec lui.

    J'ai lu beaucoup de ses écrits. Je connaissais ses idées. C'était un grand homme .

    En Italien on dit " Il morto giace, il vivo si dà pace " = le disparu dort, le vivant se résigne

    devant la mort, on ne peut que se résigner . N'oublions pas qu'un jour notre tour arrivera .

    William Shakespeare :
    « L'esprit oublie toutes les souffrances quand le chagrin a des compagnons et que l'amitié le console. »


    un peu d'humour :

    Philippe Geluck : « La mort, c'est un peu comme la connerie. Le mort, lui, il ne sait pas qu'il est mort... ce sont les autres qui sont tristes. Le con c'est pareil... »


    Bien à vous

    Najma

  • Par Jacqui Sussholz - 30/11/2011 - 19:09

    Douvidel Susskind, un anversois de chez nous. Courageux, un homme d'action!! Repose en paix. Lo lefahed klall.

  • Par Anonyme - 3/12/2011 - 11:58

    je le voyais de temps en temps au cclj,je l'appréciais beaucoup et il va beaucoup
    nous manquer lorsque nous irons la bas