Success Story

Sylvain Goldberg "Portons haut et fort notre liberté de penser"

Mardi 1 décembre 2015 par Géraldine Kamps
Publié dans Regards n°831

La famille Bélier, c’est lui ; Dead Man Talking, c’est lui ; Cloclo, c’est encore lui… Ca, c’est son côté producteur de films. Mais il y a aussi le compositeur, le réalisateur, le musicien, le comédien, le doubleur de voix… Un talent multifacettes ? C’est peu de le dire. Portrait d’un parfait autodidacte.

« J’ai toujours aimé la musique et je me suis toujours réfugié dans les arts… », tel est probablement son leitmotiv. En plein tournage de Tamara, dans le cinéma Toison d’Or à Bruxelles, Sylvain Goldberg trouve quelques minutes pour nous accorder cette interview. Ce boulimique de travail et d’aventures humaines, comme il aime se définir, parait bel et bien infatigable.

Fils cadet de parents commerçants originaires de Pologne et de Russie, « ashké-pur » totalement athée, le jeune Sylvain préférera vite le théâtre à l’école, en se distinguant comme assistant du metteur en scène à l’Athénée Uccle 1, où il rencontrera une certaine Tania Garbarski. « J’ai été élevé dans une famille profondément humaniste, tolérante et ouverte d’esprit », raconte-t-il. Un entourage qui l’encouragera dans ses projets, quitte à ce qu’il n’achève pas sa scolarité. « J’ai ensuite réussi l’examen d’entrée au Conservatoire des arts dramatiques de Bruxelles, mais le cadre scolaire ne me convenait décidément pas ». Sylvain Goldberg monte à 18 ans sa propre société de production de musique et de théâtre, se jugeant plus utile à ses contemporains dans ce domaine « qu’en essayant de concurrencer Shakespeare », sourit-il. Après avoir passé sa jeunesse en internat, il y trouve aussi la liberté de pouvoir monter les projets qui lui tiennent à cœur.

Mais Sylvain Goldberg ne se détourne pas de la comédie. Il joue dans plusieurs spectacles, aux Tréteaux de Bruxelles et sur le parvis de la Cathédrale Saint-Michel et Gudule à l’été 1990. Il double des films pour subvenir à ses besoins, en réinjectant l’argent gagné dans ses productions. La première sera Gosses de merde, dont il compose aussi la musique, une pièce reprise pendant trois ans, véritable phénomène de mode chez les jeunes. Quelques années plus tard, l’occasion lui est donnée de reprendre à son compte la société de doublage qui l’avait engagée. Grâce à elle, il doublera dans Légende d’automne la voix de Henry Thomas (le petit garçon dans E.T.), aux côtés de Brad Pitt, doublé par Bernard Perpète. « En moins de dix ans, nous sommes devenus l’une des plus grosses boites de doublage en français », se félicite-t-il, « et le plus gros employeur de comédiens belges francophones, avec environ l’équivalent de 80 temps pleins et 12 auditoriums pour assurer le travail ». On retiendra parmi ses plus célèbres voix, celle de Tom Hulce dans Frankenstein de Kenneth Branagh, avec Robert De Niro, celle de John Cusack, dans Coups de feu sur Broadway de Woody Allen, ou encore Fantasio, dans la série d’animation Spirou et Fantasio !

« Je me sens vivant, pas différent »

Après le doublage, c’est dans la production de films que Sylvain Goldberg décide de se lancer en créant une nouvelle fois sa société. « J’aime raconter des histoires, j’aime l’image et j’aime la musique, la production de films était faite pour moi », souligne celui qui aime aussi donner la chance aux gens qu’il aime et en qui il croit. Ce sera chose faite grâce à Nexus Factory, qu’il fonde avec Serge de Poucques et qui fête ses dix ans. « Un noble et un Juif, ça ne pouvait que marcher ! », blague-t-il. A son actif, la coproduction de plus d’une soixantaine de films, téléfilms et séries (Papa ou Maman, Les garçons et Guillaume, à table ! et la série d’animation Sammy & Co). Le film dont il est le plus fier, Dead Man Talking de Patrick Ridremont, sera nominé aux Césars dans la catégorie du meilleur film étranger et sera neuf fois nominé aux Magritte du cinéma, sans parler du succès en salle de Cloclo, ou plus récemment de La famille Bélier. Pianiste autodidacte, auteur de chansons, Sylvain Goldberg compose pour Maurane et Lara Fabian. Des musiques de films également avec son ami Matthieu Gonet (directeur musical de la « StarAc »). Il a été le chef d’orchestre de l’Improsession à Forest National, au Bataclan… où il a ressenti le besoin d’aller se recueillir au lendemain des attentats. « Il faut qu’on se sente plus vivants que jamais », nous confie-t-il encore bouleversé. « La seule réponse à ce “viol intellectuel”, c’est notre liberté de penser. Une liberté de penser que nous devons porter haut et fort. Les extrémismes et le prosélytisme sont le mal de notre époque. Il est urgent de revenir aux fondamentaux : “Ma liberté s’arrête là où commence celle de l’autre” ».

Sa judéité, Sylvain Goldberg ne l’a jamais considérée comme une différence. « J’avoue me sentir vivant, pas différent. Mon souhait est de vivre en harmonie avec les autres, à l’image de la musique », affirme celui qui se refuse à la fatalité, sans virer dans l’angélisme. « Je veux faire partie de ceux qui y croient encore et je pense qu’un réveil des consciences est possible. Lorsqu’Armageddon arrive, les tribus s’unissent et font face ». L’antisémitisme, il lui est arrivé d’en faire les frais, sans que cela ne l’obsède. « Qu’Israël soit une cible me touche bien sûr, mais je réagis autant à ce qui se passe à Bamako qu’à Tel-Aviv, je m’indigne partout où l’on s’attaque à des innocents ».

Dans son oreillette, on annonce à notre interlocuteur qu’il est attendu sur le plateau. Le tournage de Tamara, d’Alexandre Castagnetti, avec Sylvie Testud et Rayane Bensetti, est bientôt fini. Le film sortira en salle fin 2016. De quoi laisser le temps à Sylvain Goldberg d’achever la postproduction des Visiteurs 3. Vous avez dit boulimique ?


 
 

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