Culture/Cinéma

'Le Prince vert' de Nadav Schirman

Mardi 7 octobre 2014 par Florence Lopes Cardozo
Publié dans Regards n°806

Emblématique du 16e festival d’IMAJ qui s'est déroulé fin octobre, placé sous le signe de l’ouverture, Le Prince vert de Nadav Schirman, inspiré du livre éponyme de Mosab Hassan Yossef, relate l’amitié grandissante entre un informateur palestinien et un agent israélien du Shin Bet. 

 

Fils de l’un des responsables du Hamas, élevé dans une famille aimante et dans la haine d’Israël, Mosab a 17 ans lorsqu’il décide de rejoindre « la lutte armée ». Arrêté pour détention d’armes par le service de sécurité intérieur israélien, il est soumis à d’intenses interrogatoires. Oui, il avait acheté ces armes, non, elles n’ont pas servi et non, il n’a pas de réseau. Confronté en prison à la barbarie des membres du Hamas envers les autres prisonniers palestiniens, il ne peut plus s’identifier au groupe et accepte le deal du Shin Bet : sa libération contre espionnage. De 1997 à 2007, Mosab Hassan Yousef endossera le nom de code « Prince vert ». Prince par son ascendance, vert pour le drapeau du Hamas. Son existence n’est connue que d’une poignée de hauts responsables de l’Etat hébreu. Mettant constamment sa vie en danger, il renseignera dix ans durant la Sécurité intérieure israélienne, tout en militant au sein de l’organisation palestinienne radicale cofondée par son père. Dix ans à déjouer des attentats-suicides, dix ans de trahison familiale et politique, dix ans à surmonter les tensions extrêmes pour sauver des vies, des deux côtés. Avec des moments de saturation, de débordement, de burn-out, compris et ménagés par le Shin Bet et plus particulièrement par son contact privilégié, Gonen.

Confiance et reconnaissance

A travers des interviews et archives inédites, le réalisateur met en lumière, le lien qui se tisse entre les deux hommes. L’un, dans un système, l’autre, dans l’isolement. A côté des micros cachés sous les tables de café, des points de rencontre inopinés, des planques, des stratégies du Shin Bet, Nadav Shirman retrace, dans ce troisième volet de sa trilogie documentaire sur l’espionnage,  la naissance d’une relation de confiance basée sur un intérêt commun : celui de sauver des vies. Le « traitre », aux traits et à l’âme aristocratiques, est un jeune homme sensible, courageux et indépendant. Quant au glacial stratège israélien, il bravera le protocole pour rejoindre le jeune Palestinien à Gaza sans protection aucune. Touché par cette prise de risques, Mosab donnera le meilleur de lui-même. La fin de la décennie ressemble à celle-là : exilé aux Etats-Unis où il publie ses mémoires en 2010, Mosab s’est converti au christianisme et est devenu végétarien. Il est, jour après jour, la cible potentielle d’attaques ou de meurtre. Sa famille l’a renié. Les Etats-Unis le tiennent à l’œil. Il est, on ne peut plus isolé. Condamné à se cacher, à toujours se placer dans le fond de toutes les pièces, le dos au mur de chaque endroit qu’il pénètre pour contrôler la situation, Mosab est tenu de constamment déménager, bouger, brouiller les pistes. Outil d’un système, sa vie semble bel et bien brisée.

Quant à Gonen, qui a repris ses fonctions d’avocat en Israël, il n’a pas hésité à faire un voyage aux Etats-Unis pour le soutenir, lorsqu’il flanchait. Leur collaboration était alors terminée. Les enfants de Gonen appellent l’ancien « associé » de leur père « oncle Mosab ». Un touchant témoignage d’affection à un homme qui s’était, encore adolescent, délibérément engagé à faire la chose la plus honteuse pour sa famille, sa culture, son pays : collaborer avec l’ennemi. Pour encore et toujours sauver des vies. Et qui le paie chèrement, d’une certaine façon, de la sienne.

Festive et humaniste, la 16e édition du festival d’IMAJ, « Sous un même soleil », a présenté, du 28 octobre au 2 novembre 2014, une sélection de films autour des liens qui se sont tissés entre Juifs, musulmans, Druzes, Israéliens et Palestiniens. Loin des discussions politiques, des relations émouvantes contournent, ici, la loi de la pesanteur, là les conflits. Jamais simples, mais chargés d’espoir, ces échanges fragiles esquissent un avenir plus serein entre les peuples. Un florilège de fictions, documentaires, avant-premières et films inédits animera cette belle rencontre autour de la remise d’un prix Georges Schnek, de surprises, musiques, exposition, soirées événementielles et présence de réalisateurs. C’est sous ces auspices rayonnants, entre le Cinéma Galeries et le cinéma Aventure, que l’Institut de la mémoire audiovisuelle juive fêtera, déjà, son 30e anniversaire.

Au vu du succès, une séance supplémentaire pour Le Prince vert (Prix du Public du célèbre Festival américain Sundance) est prévue le dimanche 9 novembre 2014 à 17h au cinéma Aventure. Réservations 02 219 92 02 - [email protected]

 
 

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  • Par Votre nomcollet... - 11/11/2014 - 23:41

    Magnifique film ,j'ai bcp aim?,