Culture/Livres

Olivier Guez 'Les révolutions de Jacques Koskas'

Jeudi 2 octobre 2014 par Laurent-David Samama
Publié dans Regards n°806

Enfance choyée à Strasbourg, aventures brésiliennes, puis cubaines farfelues, road trip foireux aux Etats-Unis, existence bohème à Berlin. Pour son premier roman, le journaliste Olivier Guez s’est tout permis.

 
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    A son personnage, Jacques Koskas, un looseur magnifique doublé d’un fervent hédoniste, Olivier Guez fait vivre mille aventures, celles de la petite enfance, de l’adolescence jusqu’à l’apothéose de l’âge adulte. En 332 pages, les obsessions de Jacques Koskas se dévoilent sous nos yeux. Vienne et l’Empire austro-hongrois, le sionisme (nous y reviendrons), le football mais surtout le sexe. Entre autres signes distinctifs, Koskas est obnubilé par la poitrine des femmes, surtout lorsque les seins sont lourds et laiteux. Imbibé de culture juive, notre conquistador des temps modernes jongle entre les partenaires, se rêve en reporter à l’ancienne ou bien en agent grassement rétribué de joueur de football. Plusieurs vies pour un univers loufoque, un regard à la fois drôle et désespéré, celui d’Olivier Guez, ancien journaliste à La Tribune, correspondant de la Frankfurter Allgemeine Zeitung et auteur de plusieurs essais remarqués. Son premier roman, Les révolutions de Jacques Koskas, constitue la véritable surprise de cette rentrée littéraire. Voilà un livre que l’on n’attendait pas, mais qui émerge -il y a une justice !- grâce aux bonnes critiques et à un bouche-à-oreille très positif.

    Mais revenons à la source. Les révolutions de Jacques Koskas racontent d’abord l’histoire d’une émancipation, celle de Koskas junior, un gamin craintif et rêveur né à Strasbourg dans une famille séfarade, aimante et étouffante. Son père, Jacques Koskas senior, est « gynécologue de réputation régionale ». Sa mère, Claire Koskas, née Scholem, est décrite comme une « urologue infaillible ». A 15 ans, malgré les tourments du corps qui change, Koskas refuse de grandir. Il lit les Aventures de Spirou, se prend pour Karl Malden dans les Rues de San Francisco, mais surtout, surtout, il tient pour meilleur ami Zantafio, « un poney à la queue fournie » à qui il lit des passages du Roman de Renart... Les mois passent. Un beau jour, le petit Koskas finit par découvrir le corps féminin, une découverte qui conditionnera le reste de son existence. Koskas se met alors en branle. Problème : dans un foyer où les traditions et la religion forment le socle d’une éducation classique, comment se construire, comment s’épanouir, comment partir à la conquête d’un monde extérieur plein d’attraits ? Pour répondre à ce questionnement existentiel, Olivier Guez va faire de son protagoniste un jeune homme avide de nouvelles expériences, doublé d’un indécrottable jouisseur. De Serena Bensoussan, la tigresse du 16e arrondissement à la pianiste Frauke von Schwarzenbeck, beaucoup de femmes partageront un bout de la vie de Jacques Koskas.

    Au micro de Pascale Clark, sur France Inter, l’auteur expliquait récemment : « Jacques Koskas cherche autre chose, mais il ne sait pas très bien quoi. C’est ça le problème. Il tourne sur lui-même comme une toupie, c’est cela les révolutions de Jacques Koskas. Son parcours correspond finalement à celui de pas mal de gens depuis une vingtaine d’années, c’est-à-dire que l’on a la possibilité de faire beaucoup de choses, mais, finalement, quelle voie suivre ? » Est-ce l’amour, la réussite professionnelle ou bien le grand frisson que cherche Jacques Koskas ? Difficile à dire puisque tel un chevalier arthurien des temps modernes, lui même ne sait pas véritablement à quoi ressemble son Graal…

    Le fil rouge de la vie de Jacques Koskas est bien la pensée juive vers laquelle il revient sans cesse. Embourbé dans ses contradictions, notre héros fuit la religion, mais fréquente la synagogue, il ne veut pas être tenu responsable de la politique menée par l’Etat d’Israël, mais travaille, des mois durant, à l’écriture d’un essai à la thèse curieuse « Israël : une révolution érotique ». Dans ce cadre, Guez fait écrire à Koskas des lignes hilarantes où le sionisme devient une utopie sexuelle, un projet ayant pour but ultime de « créer un Hébreu épanoui, physique, frénétique ». Dans l’esprit fécond de Koskas, le foyer national juif se métamorphose en un « lieu de transmutation de la sexualité juive ». L’idée résume à elle seule l’essence de ce personnage attendrissant, un quasi mensch qui prend ses désirs pour des réalités !

    Olivier Guez, Les révolutions de Jacques Koskas, éditions Belfond, 332 p.


     
     

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