Le judaïsme de A à Z

'K' comme Kabbale

Mardi 2 décembre 2014 par Tarbout
Publié dans Regards n°810

Dans le judaïsme, le savoir n’est pas uniquement le résultat d’une chaîne de transmission établie. Il peut aussi résulter d’une réflexion sur le sens de la Torah, c’est-à-dire d’un rapport direct entre l’individu et le texte.

 

Cet enseignement mystique et ésotérique est associé à la Kabbale. L’aspect mystique de la Kabbale s’exprime à travers les symboles et les métaphores qui s’y retrouvent et l’ésotérisme se manifeste dans la transmission limitée de son savoir. Les kabbalistes ont toujours limité l’accès à cet enseignement très particulier : elle n’est accessible qu’aux hommes ayant une connaissance très élevée de la tradition juive. Des qualités morales et éthiques sont également exigées. Des écoles kabbalistiques florissantes sont apparues dès la période talmudique (4e siècle de notre ère). Avec le temps et suite aux différentes crises qui se sont succédé au sein du judaïsme (l’échec du sabbataïsme et du frankisme et l’émergence du hassidisme), l’enseignement de la Kabbale s’est figé progressivement pour se concentrer sur ses textes de référence de l’Antiquité (Littérature des palais ou Ecrits du char céleste) et du Moyen-Age (le Zohar et le Bahir).

La Kabbale n’est pas considérée comme une hérésie du judaïsme. Elle ne vient pas non plus supplanter la Massorah (tradition produite par la chaîne de transmission). En revanche, elle peut apporter des enseignements ou des éclairages qu’on ne retrouve pas dans la tradition, pour autant que la Kabbale soit étudiée dans les règles de l’art, sans se laisser déborder et surtout sans croire qu’elle puisse révéler des secrets. « Si on s’écarte de ces préalables essentiels, on risque de se retrouver face à des gens, essentiellement non juifs, qui considérent à tort que la Kabbale est une porte d’accès au judaïsme », insiste le rabbin David Meyer, professeur de littérature rabbinique à l’Université grégorienne pontificale de Rome. « Pour les Juifs, il est clairement entendu que la Kabbale est effectivement une porte, mais une porte que seuls les plus érudits et les plus sages peuvent ouvrir ».

Aujourd’hui, la Kabbale rencontre un succès considérable auprès d’Occidentaux en quête d’exotisme mystique. C’est ainsi qu’on a pu voir des célébrités du cinéma ou de la variété se présenter comme des adeptes de la Kabbale ! Ce phénomène n’est pas neuf et l’on doit cette confusion à un rabbin italien du 19e siècle, Elie Benamozegh. « Pour ce dernier, le langage de la Kabbale, par définition différent de celui du judaïsme normatif qu’il juge trop élitiste, a pour vocation de proposer un autre langage pour transmettre le message universel du judaïsme », explique le rabbin Meyer. Pour certains penseurs juifs, la Kabbale apparaît donc comme un trait d’union entre le monothéisme juif et les sensibilités polythéistes de l’humanité. C’est comme cela qu’on voit des Madona et d’autres célébrités s’accrocher à la Kabbale en portant ce petit bracelet rouge. Cette dérive est regrettable car la Kabbale permet d’explorer des enseignements auxquels une tradition plus établie n’a pas accès.


 
 

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