Le judaïsme de A à Z

'F' comme Foi (Emounah)

Mardi 4 mars 2014 par Tarbout
Publié dans Regards n°794

Pour de nombreux spécialistes des religions, le judaïsme se distingue par la primauté de la pratique des 613 commandements divins sur la foi. C’est la raison pour laquelle on considère le judaïsme comme une orthopraxie. Ce n’est donc pas un dogme qui définit l’appartenance au judaïsme.

 

Enfant, Hannah Arendt n’a-t-elle pas été gentiment envoyée dans les cordes par un rabbin lorsqu’elle a voulu le défier en lui disant qu’elle ne croyait pas en Dieu. Nullement choqué, il lui a alors répondu que personne ne lui demandait de croire en Dieu, mais juste de pratiquer les commandements.

L’affirmation doit cependant être nuancée. La croyance absolue en un concept qui ne peut être prouvé par la raison humaine existe bel et bien dans le judaïsme et le mot hébraïque « Emounah » est le sens traditionnel de la foi. Il ne faut pas non plus oublier qu’au Moyen-Age, de grands penseurs du judaïsme se sont longuement penchés sur la question de la foi. Maïmonide fut le premier à formuler le credo du judaïsme dans treize articles de foi. Ceux-ci doivent constituer des critères d’appartenance pour les Juifs et ainsi leur permettre de prendre part au monde à venir. L’affirmation n’est pas neuve, on la trouve déjà dans la prière du Chema Israël : « Ecoute Israël, l’Eternel notre Dieu, l’Eternel est Un ». Ce n’est pas un commandement, mais l’affirmation du credo. Des penseurs contemporains issus des écoles lituaniennes comme Joseph Soloveitchik ont également mené une réflexion sur la foi. Dans Le croyant solitaire de la foi, le livre du judaïsme le plus important du 20e siècle, Soloveitchik fait part de son expérience de la foi.

Si le judaïsme n’était qu’une orthopraxie, on risquerait d’évacuer de son cadre normatif la croyance dans le Dieu biblique. On appliquerait ainsi les 613 commandements parce qu’ils constituent un cadre éthique cohérent et qu’ils s’inscrivent dans une tradition transmise de génération en génération. « Si l’on pousse ce raisonnement au bout de sa logique, il se peut qu’on soit amené un jour à trouver de bonnes raisons pour ne plus appliquer ces commandements », souligne le Rabbin David Meyer. « On abandonne déjà la foi, pourquoi ne pas tout simplement abandonner le commandement ? Que reste-t-il du judaïsme dans cette perspective ? Rien ». S’il s’agit effectivement de la recherche d’une éthique, il existe d’autres traditions religieuses ou philosophiques ayant des principes aussi beaux que ceux contenus dans le judaïsme. « Cette évacuation de la foi ne garantit donc pas la survie du judaïsme, car au bout du compte, on aboutit à une impasse. Pas pour notre génération ni celle de nos enfants, mais pour celles à venir. Si ces générations évacuent la foi, elles se poseront inévitablement la question de la nécessité de respecter la cacherout ou le shabbat, par exemple. Si le shabbat ne devient qu’un jour de repos, pourquoi ne pas le célébrer le dimanche ? ».

Dans les années 60, un penseur juif américain, Richard Rubinstein, s’est livré à cet exercice en proposant de renoncer à l’Election. Le peuple juif devenant un peuple comme les autres évoluant dans « un cosmos froid, silencieux et distant » dans lequel il n’y a pas de relation entre Dieu et les hommes. « Heureusement, il s’est aperçu que cette hypothèse rationnelle ne mène à rien et ne sauvera pas le judaïsme », conclut David Meyer. 


 
 

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