Vu de France

D'un Bernheim à l'autre

Jeudi 2 mai 2013 par Laurent-David Samama
Publié dans Regards n°777

Impossible, évidemment, de parler de l’actualité des Juifs de France sans évoquer l’affaire Bernheim, cette succession de malheureux épisodes ayant conduit à la démission du Grand Rabbin de France.

 

Mis en cause à la suite d’une série de plagiats et autres emprunts littéraires, puis accusé d’avoir utilisé à tort le titre d’agrégé de philosophie, Gilles Bernheim, acculé, critiqué, s’est donc retiré. Son départ fut la source de nombreux débats. Au-delà de l’aspect religieux de l’affaire (qui intéresse peu l’auteur de ces lignes), on pourra formuler une série d’observations sur le sort réservé à Gilles Bernheim.

1/ Remarquons d’abord l’étrange agenda médiatique qui fit presque coïncider la chute du Grand Rabbin de France avec celle d’un autre homme de pouvoir -politique cette fois- Jerôme Cahuzac. C’est pour mensonge et tromperie que les deux hommes sont tombés. Si les circonstances des deux affaires ne sont évidemment pas les mêmes, à l’œuvre, ce fut bien un mouvement analogue qui fit son œuvre : l’impératif de transparence, celui, impérieux, de vérité.

2/ Cette affaire a donné un énième signal de l’hyper-division dont fait preuve la communauté juive de France, une communauté qui, comme le souligne cette affaire, n’arrive plus à faire bloc. Les dissensions internes, les très nombreuses luttes de pouvoir ainsi que les égarements politiques de certains cadres de la communauté ont rendu cette balkanisation possible. C’est ainsi que l’on a très rapidement assisté à l’abandon d’un Grand Rabbin certes fautif, mais à l’envergure intellectuelle demeurée exceptionnelle.

3/ Prompte à la critique, une ribambelle de médiocres s’est empressée de salir un homme capable d’une puissance intellectuelle peu commune. Gilles Bernheim parti, on commence doucement à mesurer ce que l’on a perdu (un Grand Rabbin capable de philosopher sans faillir avec les plus grands esprits de notre temps, un homme d’ouverture), mais l’on ne sait pas forcément ce que l’on gagnera… Le futur est désormais incertain. Comme le commentait la romancière Eliette Abecassis : « Sans lui (Gilles Bernheim, ndlr), le judaïsme français risque de se recroqueviller sur lui-même »

D’un Bernheim à l’autre, il n’y a qu’un pas. Sans rapport avec le désormais ex-Grand Rabbin de France, la Fondation du Judaïsme français remettait il y a quelques jours le Prix Bernheim pour les Arts, les Lettres et les Sciences au Théâtre du Vieux Colombier. Un prix attribué à trois lauréats : Marcel Gotlieb, Marcel Cohen et Jean Baumgarten. Donnée à la sortie de Yom HaShoah, la soirée de remise des prix a été marquée par une émotion particulière, Marcel Gotlieb et Marcel Cohen étant tous deux des enfants cachés. Finissons cette chronique par quelques mots admiratifs sur Gotlieb le dessinateur, qualifié par la journaliste Sonia Deschamps de « monument de la bande dessinée manipulant superbement l’absurde et l’humour noir ». Le créateur des titres mythiques Gai Luron et Rubrique-à-Brac est décrit par ses fans comme un « pionnier de la bande dessinée libre, sans complexe ». Gotlib mérite les éloges. On termine grâce à lui sur une note légère…


 
 

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