Israël

Quand Trump s'attaque à la question des réfugiés palestiniens

Mardi 2 octobre 2018 par Frédérique Schillo, @FredSchillo
Publié dans Regards n°1030

En annonçant l’arrêt de la contribution américaine à l’UNRWA, Trump entend en finir avec la question des réfugiés palestiniens et du droit au retour. Une démarche saluée par Netanyahou, pour qui l’UNRWA a toujours fait figure d’anomalie historique. Mais le remède n’entraînerait-il pas d’autres maux ?

Camp de réfugiés d'Aïda à Bethlehem

Au moment de signer les accords d’Oslo sur la pelouse de la Maison-Blanche aux côtés de Rabin et Arafat, le 13 septembre 1993, Mahmoud Abbas avait encouragé les Américains à poursuivre les négociations jusqu’au règlement de trois dossiers fondamentaux : Jérusalem, les colonies et les réfugiés. « Alors », espérait-il, « nous poserons la dernière pierre à l’édifice de la paix ».

Vingt-cinq ans plus tard, il semble que son appel ait été entendu, mais pas dans le sens escompté. Chacune de ces questions est en effet méthodiquement réglée par Trump selon sa logique désormais bien connue : pour écarter un sujet de la table des négociations, il faut renverser la table. Jérusalem a ainsi été « écartée des négociations », selon ses propres dires, après sa décision d’y transférer l’ambassade américaine, en violation du droit international. La colonisation a été normalisée, enregistrant même un boom avec plus de 15.000 nouveaux logements depuis son élection. Restait donc pour Trump à régler le dossier des réfugiés. Le 31 août dernier, les Etats-Unis ont annoncé cesser tout financement de l’UNRWA (l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient), dont ils sont le plus gros contributeur avec 360 millions de dollars en 2017. Une première coupe budgétaire avait déjà réduit la voilure, mais cette suppression pure et simple a indigné les Palestiniens, d’autant qu’elle s’accompagnait d’autres mesures punitives, comme la fermeture du bureau de l’OLP à Washington.

C’est « une décision cruelle et irresponsable », a déploré l’OLP en dénonçant le « chantage minable » de Trump pour les obliger à renouer le dialogue rompu depuis le transfert de l’ambassade et accepter un futur plan de paix favorable à Israël. De son côté, Netanyahou qui considère que l’UNRWA « perpétue le problème des réfugiés au lieu de chercher à le résoudre » a, sans surprise, salué la décision américaine. Selon le Washington Post, Trump devrait poursuivre son offensive et s’attaquer à la définition même des réfugiés palestiniens. Un moyen de liquider du même coup la question du droit au retour, véritable épouvantail pour Israël.

Un provisoire qui s’éternise

Israël s’est toujours méfié de l’UNRWA, ce paradoxe ambulant. Etablie pour une période temporaire avec un mandat d’aide d’urgence très précis (résolution 302 du 8 décembre 1949), l’agence a été amenée à se charger d’un nombre incalculable de tâches -de l’enseignement dans ses 692 écoles jusqu’au prêt bancaire- auprès de réfugiés en constante augmentation. L’agence elle-même est une sorte d’excroissance de l’ONU, grosse machinerie bureaucratique de 20.000 employés.

A l’origine, l’UNRWA reconnaissait comme réfugié toute « personne dont le lieu de résidence était la Palestine pendant la période du 1er juin 1946 au 15 mai 1948 et qui a perdu à la fois son foyer et ses moyens de subsistance à l’issue de la guerre de 1948 ». Ils étaient alors quelque 800.000 réfugiés à avoir fui, principalement vers la Jordanie (dont la Cisjordanie), le Liban, la Syrie et l’Irak. Ils sont aujourd’hui 5 millions. Une explosion démographique qui s’explique par le fait que contrairement aux réfugiés traités par l’UNHCR (le Haut-Commissariat onusien pour les réfugiés), les Palestiniens ont un statut unique au monde, qui s’est transmis à leurs descendants depuis quatre générations. Si Trump restreignait leur statut, leur nombre pourrait chuter à 500.000, voire moins s’il considère comme seuls éligibles ceux enregistrés lors de la création de l’UNRWA. Mais cette décision ne peut être uni-latérale, le statut des réfugiés palestiniens étant garanti internationalement par la Convention de 1951 et par la Ligue arabe en 1965.

Autre exemple du provisoire qui s’éternise : les camps de réfugiés, ces énormes bidonvilles qui ont enflé en lisière des villes arabes sur des terres mises à disposition de l’UNRWA de façon temporaire… depuis 1950. Il y a 58 camps officiels, et une dizaine d’officieux, où s’entassent des milliers de familles dans un désœuvrement profond. Promiscuité, insalubrité, absence de règles d’urbanisme élémentaires, les camps n’ont commencé à être construits en dur qu’au bout de dix ans et, en 1980, la moitié n’était toujours pas reliée au réseau d’eau municipal.

D’une certaine façon, ces camps témoignent de la double peine infligée aux Palestiniens, d’abord par Israël qui a entraîné leur fuite, puis par le frère arabe qui les marginalise. Mais les camps sont surtout le symbole de la résistance palestinienne. La misère y a longtemps été portée en étendard. Ayant compris cela, Israël a mené vers 1980 une politique de relogement dans des habitations en dur, loin des camps. L’OLP s’y est opposée, mais a néanmoins consenti à moderniser les camps après les accords d’Oslo. A ceci près que rénover les camps ne veut toujours pas dire s’intégrer pour les Palestiniens. Rénover les camps, c’est les conserver, et avec eux le rêve du retour. Même si ce « droit au retour » est devenu purement symbolique dans les négociations de paix [voir encadré].

Faire du réfugié un citoyen

Tout comme moderniser les camps ne masque pas l’exil, casser l’UNRWA comme le fait Trump ne fera pas disparaître les réfugiés. D’autant qu’ils ont un statut particulier variant selon le pays d’accueil : ils sont citoyens de plein droit en Jordanie, mais de simples résidents en Syrie et en Irak, des résidents temporaires en Egypte et des apatrides au Liban. A cela correspond un statut social fluctuant selon l’endroit et l’époque. Les réfugiés en Syrie, hier de petits commerçants bien intégrés, opposants emblématiques à Oslo, ont depuis embrassé les thèses du Hamas jusqu’à entrer en révolte contre le régime d’Assad et ont dû fuir la guerre civile.

Ailleurs, l’intégration n’est pas plus assurée. Alors qu’ils sont discriminés au Liban, les Palestiniens ont un statut confortable en Jordanie, où le Roi Abdallah II a épousé Rania, une Koweïtienne dont la famille est originaire de Tulkarem. Et pourtant, le Liban comme la Jordanie craignent la disparition de l’UNRWA ; le premier parce que l’équilibre confessionnel sur lequel repose son système politique vacillerait, la seconde parce qu’elle devrait assurer les services de santé et d’éducation pour plus de 3 millions de Palestiniens, soit près de la moitié de la population jordanienne. Ce n’est pas un hasard si le Roi Abdallah organise une Conférence internationale fin septembre, à New York, pour sauver l’UNRWA, qui d’ici là « n’aura plus un sou », s’inquiète son porte-parole Chris Gunness.

Les Israéliens sont bien conscients du problème. S’ils ont toujours critiqué l’inefficacité de l’UNRWA, l’endoctrinement de ses élèves éduqués dans le souvenir de la Nakba et la haine d’Israël, qu’ils ont même accusé ses dirigeants d’être complices de crimes de guerre pour avoir laissé le Hamas opérer dans ses bâtiments, ils ont toujours refusé une rupture brutale de ses financements. Netanyahou lui-même y était défavorable. Selon la chaîne israélienne News 10, il se serait rallié récemment à Trump sans consulter les responsables de la sécurité, qui l’ont pourtant alerté sur les dangers d’explosion dans la région, en particulier à Gaza.

Toute solution au problème des réfugiés passe par une réforme de l’UNRWA qui impliquerait les Etats arabes (et pas juste l’Arabie saoudite, unique pays arabe parmi les dix premiers contributeurs). Mais la seule solution pérenne réside dans la volonté des Etats arabes de faire des réfugiés palestiniens des citoyens à part entière. Alors seulement, et ce jour-là arrivera probablement plus tard qu’Abbas ne l’imaginait, Israël, ses voisins arabes et les Palestiniens seront proches de la paix.

Que reste-t-il du droit au retour ?

C’est une clé, ouvrant l’entrée du foyer perdu en Palestine, tantôt exposée sous verre, tantôt cachée parmi de vieux papiers, symbole d’un retour idéalisé pour nombre de réfugiés aujourd’hui. C’est un « droit inaliénable » pour les terroristes du Hamas, résolus à venger la « Nakba » en détruisant Israël afin de récupérer l’ensemble du territoire palestinien. C’est parfois encore une fable terrifiante d’enfants martyrs et de voyages dans le passé enseignée dans les livres d’école de l’UNRWA.

Le droit au retour des Palestiniens est une illusion d’autant plus mortifère qu’elle ne repose sur presque plus rien. La résolution 194 de l’Assemblée générale de l’ONU, adoptée le 11 décembre 1948, assurait que « les réfugiés désireux de rentrer chez eux et de vivre 
en paix avec leurs voisins devraient être autorisés à le faire », mais prévoyait déjà qu’« une indemnisation devrait être versée pour les biens de ceux qui choisissent de ne pas revenir ».

Pierre d’achoppement de toute négociation de paix, puisqu’il signerait la fin d’Israël comme Etat juif, le droit au retour a été réduit jusqu’à devenir un problème purement symbolique. A Camp David, en 2000, Israël a accepté le retour de 25.000 Palestiniens sur son sol. Dans les dernières négociations de paix, en 2008 à Annapolis, Ehoud Olmert et Mahmoud Abbas se sont mis d’accord sur seulement 5.000 réfugiés sur cinq ans. Fait nouveau, les Palestiniens demandèrent qu’Israël admette sa responsabilité dans le drame palestinien et « reconnaisse la souffrance » des réfugiés. Une façon habile d’abandonner la revendication politique pour le registre émotionnel, compensations financières à l’appui.

 
 

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  • Par Amos Zot - 9/11/2018 - 12:55

    Dans cet article vous reprenez à votre compte le narratif palestinien , présentez Mahmoud Abbas comme un chantre de la Paix, vous ignorez sa faiblesse, ses mensonges et contradictions, ses refus de négocier, son financement des terroristes tueurs de Juifs, l'existence du Hamas .
    Vous critiquez la stratégie de Trump au Moyen-Orient alors qu'objectivement, elle donne déjà de nombreux résultats positifs tels que les bonnes relations entre Israël et de nombreux pays arabes,
    alors que toutes les politiques antérieures de ses prédécesseurs n'avaient jamais eu de tels effets positifs. Vous lancez des fake news : " Jérusalem a ainsi été écartée des négociations ".
    Vous parlez de violation du droit international alors que plusieurs experts en droit international estiment au contraire que seul Israël a un droit sur les territoires en question. Vous parlez de "colonisation" pour l'implantation de Juifs en Judée- Samarie .
    Vous parlez de décisions punitives de Trump à l'égard de l'OLP sans expliquer qu'elles font suite au refus de Mahmoud Abbas du plan Trump avant de l'avoir lu , des insultes antisémites de ce dernier à l'égard des négociateurs juifs américains,...
    Le fait qu’il y a une définition de réfugiés pour toute la population du monde et une autre pour les Palestiniens ne vous scandalise pas ; ce double standard à l’égard de l’Etat-nation du peuple juif.
    Vous dites que c’est Israël qui a entraîné la fuite des réfugiés ; vous ignorez donc que plusieurs armées arabes ont attaqué l’Etat juif au lendemain de la déclaration d’indépendance en vue de jeter les Juifs à la mer plus les nombreux appels des leaders arabes à ce que les arabes quittent Israël durant cette période de guerre.
    Si Mahmoud Abbas était d’accord avec le plan Olmert comme vous le laisser sous-entendre ; pourquoi ne l’a-t-il pas signé ?
    Personnellement, j’estime que la situation actuelle n’a jamais été aussi bonne que pour la signature d’un accord de paix.
    Les pays comme l’Arabie saoudite qui par le passé finançaient le refus des Palestiniens de négocier sont maintenant disposés à financer la Paix ; l’Egypte et de nombreux pays arabes ont compris que la paix avec Israël aura des effets bénéfiques pour tout le Moyen-Orient.
    Cessez de victimiser les Palestiniens et de diaboliser les Israéliens, plus de 95% des médias le font déjà quotidiennement de par le monde ; essayer l’objectivité , éviter les doubles standards, l’anti-israélisme primaire , les critiques systématiques et infondées de tout ce que peuvent dire ou faire les rares alliés d’Israël.