France

Protégez-moi de mes amis…

Lundi 18 octobre 2010 par O.W.

St. Hessel, antisémite?

Avec une régularité qui devient inquiétante, les plus exaltés des Juifs français ne cessent de mettre à mal la cause d’Israël en croyant la servir.
 
Dernier exemple en date : le procès pour « incitation à la haine raciale » intenté  par Sammy Ghozlan, directeur du « Bureau national de Vigilance contre l’Antisémitisme » (BNVA) contre le diplomate Stéphane Hessel. Une attaque à peu près aussi crédible que d’accuser Nelson Mandela de racisme anti-noir…
 
A la base, M. Ghozlan entendait contrer la campagne « Boycott, Désinvestissement, Sanctions » (BDS) qui débutait en France. Rien de plus logique pour cet ardent sioniste : BDS appelle à boycotter les produits provenant d’Israël et des colonies, à ne plus investir dans l’Etat juif et à des sanctions internationales contre sa « politique d’apartheid ».
 
Alors que cette campagne avait connu quelque succès dans les pays scandinaves, en Grande-Bretagne ou en Allemagne, les militants français de BDS peinaient à faire davantage que quelques actions dans des supermarchés de province où ils protestaient contre la vente de produits israéliens.
 
Mais résolu sans doute à tuer le mouvement dans l’œuf, M. Ghozlan a attaqué en justice pas moins de 80 partisans actifs de BDS pour « provocation à la discrimination nationale, raciale ou religieuse »« Il y a une véritable provocation à la haine » a-t-il expliqué. « Chaque fois qu’il y a une action, cela pousse à la haine d’Israël et à l’acte antijuif à plus ou moins long terme ».
 
Une offensive puissante donc mais dont le succès est loin d’être assuré. Car, sur le terrain juridique, la situation est complexe : d’une part, boycotter des produits (israéliens ou autres) tombe sous le coup de plusieurs articles du Code pénal et peut être puni d’un emprisonnement d’un an et/ou d’une amende de 45.000 €. Mais les militants du BDS affirment ne s’en prendre qu’aux produits des colonies et nient donc toute discrimination…
 
Voici quelques jours à peine, le 14 octobre 2010, deux des personnes accusées par M. Ghozlan, la sénatrice (Verts) Alima Boumediene-Thiery, et Omar Slaouti du NPA ont été relaxés par le Tribunal de Pontoise. Pour vice de procédure certes et non sur le fond, mais cet échec préjuge mal de la suite.
 
D’autant que parmi les personnes poursuivies par le président du BNVA, se trouve Stéphane Hessel, accusé, lui aussi, « d’incitation à la haine raciale » et d’antisémitisme. Une accusation à peu près aussi crédible que de reprocher à Nelson Mandela d’être contre les Noirs. Il suffit de jeter un œil sur sa biographie pour s’en convaincre : né d’une mère allemande et d’un père juif, Stéphane Hessel, mobilisé puis fait prisonnier en 1940, s’évade aussitôt et  rejoint le Général de Gaulle à Londres.
 
Revenu en France, il est à nouveau arrêté et déporté à Buchenwald puis à Bergen Belsen. Après la guerre, Stéphane Hessel entre dans la carrière diplomatique tout en étant un des proches collaborateurs de Pierre Mendès-France. Et en 1948, il est l’un des rédacteurs de la « Déclaration universelle des droits de l'Homme »…
 
Ambassadeur de France puis représentant de son pays dans d’innombrables conférences consacrées aux droits de l'Homme, Hessel n’a cessé toute sa vie de lutter contre la haine et le racisme. C’est cet homme-là que M. Ghozlan entend traîner devant les tribunaux parce que, ces dernières années, il s’est élevé contre la politique israélienne. En plus, il s’est permis de soutenir la campagne BDS, « une stratégie morale qui a démontré son potentiel de réussite ».
 
Il est aisé de voir où mène cette brillante stratégie: vers 80 procès, perdus ou gagnés, mais qui augmenteront à coup sûr la visibilité médiatique d’une campagne qui végétait jusqu’à présent dans un relatif anonymat. Plus un acquittement quasi assuré de M. Hessel. Et une fois encore, cette impression que la communauté juive de France pense avec ses tripes plutôt qu’avec sa tête.
 
Sans compter qu’à crier au loup antisémite à la moindre prise de position anti-israélienne, elle aura une fois de plus galvaudé sa crédibilité et son crédit tant auprès des autorités françaises que dans l’opinion publique.  « Protégez-moi de mes amis, mes ennemis, je m’en charge » aurait dit le Maréchal de Villars (1653-1735). Mais avec de tels amis, les Juifs et Israël ont-ils encore besoin d’ennemis ?

 
 

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