Elections israéliennes

Netanyahou a asséché le budget des soins de santé

Mercredi 11 septembre 2019 par Nicolas Zomersztajn

Israël fait partie des plus mauvais élèves en matière de dépenses en soins de santé, bien inférieures à celles des autres pays de l'OCDE. Cette situation inquiétante est le résultat d’un virage politique ultra-libéral entamé il y a 20 ans par Benjamin Netanyahou.

 

Commençons par une bonne nouvelle : l’hôpital Sheba Medical Center de Tel-Aviv (Tel HaShomer) a été désigné en mars 2019 par le magazine américain Newsweek et Statista Inc. (société mondiale d’études de marché et de données de consommation) comme l’un des dix meilleurs hôpitaux du monde. Il est même considéré comme « le leader en matière de science médicale et d’innovation biotechnique ».

Cette bonne nouvelle est malheureusement l’arbre qui cache la forêt. Si la médecine israélienne est de qualité, les structures hospitalières dans lesquelles les médecins exercent leur art se portent bien mal et ne bénéficient pas de l’Etat les moyens nécessaires pour assumer cette place de leader mondial.

Pendant de nombreuses années, le système israélien de soins de santé était un des plus performants et des plus égalitaires. Les différents réseaux hospitaliers étaient bien dotés financièrement. Des structures médicales et paramédicales de proximité étaient souvent accessibles gratuitement aux Israéliens.

Israël se caractérise par un système d’assurance maladie universel, ce qui signifie que la plus grande partie des soins de santé sont financée par les impôts des contribuables, et une faible partie est couverte par des assurances maladie privée. Ainsi, tous les hôpitaux, publics et privés, dépendent financièrement de l’Etat. Ce qui posera d’énormes problèmes dès lors que le gouvernement décide de mener une politique très libérale visant à diminuer drastiquement le budget de la santé.

Ainsi, à partir du début des années 2000, tout le système de soins de santé a fait l’objet d’un assèchement budgétaire. En menant une politique ultra-libérale, les gouvernements successifs ont cessé d’investir drastiquement dans ce secteur essentiel alors que la population israélienne n’a cessé d’augmenter. Pendant toute ces périodes, aucun nouvel hôpital n’a été construit si bien qu’Israël est devenu est des pays de l’OCDE où le nombre de lits d’hôpitaux est le plus bas par habitant.

Une étude du professeur Dov Tchernichovsky et de Roy Kfir du Centre Taub (un institut de recherche socio-économique indépendant) menée cette année sur le système hospitalier en Israël révèle que le pays accuse un retard significatif par rapport aux 36 pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en ce qui concerne le nombre de lits d’hôpitaux disponibles : le nombre de lits d’hôpitaux pour 1.000 habitants est de 2,2 contre 3,6 dans l’OCDE. Alors que le nombre de lits est en baisse dans la plupart des pays, la baisse est particulièrement marquée en Israël – 22 % contre une moyenne de 15 % dans l’OCDE entre 2002 et 2017. Il n’est donc pas rare de voir des patients dont les lits encombrent les couloirs de l’hôpital !

Par ailleurs, les investissements dans le matériel médical ont également fortement baissé. C’est la raison pour laquelle il est difficile d’obtenir un rendez-vous dans un délai raisonnable pour un scanner ou une résonance magnétique. Il n’est d’ailleurs pas rare de voir des queues se former dans les couloirs des hôpitaux israéliens.

« Dans cette spirale ultra-libérale, la responsabilité de Benjamin Netanyahou est écrasante », souligne Simon Epstein, professeur émérite à l’Université hébraïque de Jérusalem. « Cela a commencé lorsqu’il était ministre des Finances entre 2003 et 2005 et cela s’est poursuivi lorsqu’il a dirigé le gouvernement à partir de 2009. Benjamin Netanyahou ne fait qu’appliquer un programme ultra-libéral qui fait des ravages sur le plan social. Tout ce que l’Etat assurait auparavant en termes de prestations sociales et de soins de santé, fait systématiquement l’objet de coupures budgétaires ».

Les quatre caisses mutuelles israéliennes ont été asséchées par le gouvernement à travers des formules budgétaires qui ne leur octroient pas d’accroissement budgétaire annuel correspondant à celui de la population. « La seule réponse du gouvernement est ‘’devenez plus efficaces’’ », déplore Simon Epstein. « Ces mutuelles ne peuvent pas devenir plus efficaces. Elles n’ont donc pas d’autre choix que de réduire ou supprimer leurs services. Ce qui pousse les Israéliens qui en ont les moyens à souscrire à des assurances complémentaires privées et à se rendre des cliniques privées. Les couches les plus défavorisées sont évidemment touchées. Mais les classes moyennes sont désormais obligées de dépenser beaucoup plus pour être soignées normalement ».

Cette politique est idéologiquement assumée par Netanyahou et le Likoud. « D’autant plus que son gouvernement a baissé les impôts des contribuables les plus riches », rappelle Simon Epstein. « Israël, qui était un pays où les impôts sur le revenu étaient très élevés il y a 40 ans, est devenu un des pays de l’OCDE où ceux-ci sont les plus bas. Netanyahou a défiscalisé les riches et a maintenu une pression fiscale importante sur les classes moyennes. Et cette défiscalisation des riches est compensée par des coupes budgétaires drastiques des secteurs de soins de santé, des services sociaux et de l’éducation ».

Mais le pire est à venir : la pénurie de médecins. « Le grand paradoxe pour un Etat juif, c’est qu’Israël commence à manquer de médecins ! », fait remarquer non sans ironie Simon Epstein. « Nous avions trop de médecins avec l’immigration russe des années 1990. Mais comme une grande partie des médecins a atteint l’âge de la retraite, Israël fait face à une pénurie de médecins. Dans les villes les plus pauvres, et notamment les villes de développement, on assiste à un manque de médecins généralistes et certaines spécialisations médicales commencent à faire défaut dans certains grands hôpitaux du pays ».

« La principale conclusion de notre étude est qu’il y a une énorme pénurie d’hôpitaux et qu’il sera inévitable d’ajouter des lits d’hôpitaux », a déclaré Dov Chernichovsky. « Mais avant cela, on peut faire beaucoup plus pour améliorer l’efficacité, tout le système doit être réformé ». Et pour qu’il soit réformé, il faut impérativement changer d’orientation politique car, comme le révèle aussi cette étude, les failles dans découlent de l’échec systémique du gouvernement dans la planification, la budgétisation et la réglementation système israélien de soins de santé.


 
 

Ajouter un commentaire

http://www.respectzone.org/fr/
  • Par ezekiel - 13/09/2019 - 19:11

    Monsieur NZ fidèle à son parti pris oublie d'informer les lecteurs que le gouvernement mis sur pied par Netanyahou en 2009 était une coalition avec les travaillistes.
    Pourquoi ceux ci n'ont ils pas démissionné s'ils n'étaient pas d'accord avec la politique menée par le chef du gouvernement ? Sans doute car les ministres travaillistes ont préféré leur situation personnelle de ministre que le bien être de la population israélienne.

    Cette simple mise au point aurait permis de donner une crédibilité à cet article dont je reconnais bien volontiers que le fond est parfaitement exact. C'est la raison pour laquelle mes parents nonagénaires aujourd'hui n'ont pas voulu finir leurs jours en Israël méfiants qu'ils sont vis-à-vis du système de santé israélien.

  • Par Jacky - 13/09/2019 - 20:39

    Aucun paramètre relatif à la santé de la population israélienne ( mortalité infantile , périnatale, espérance de vie ... )n’est donné. Le nombre de lits d’hôpitaux ( étymologiquement: hôtel pour les patients )n’est pas pertinent en santé publique et tous les pays occidentaux réduisent le nombre de lits hospitaliers. Le% du PIB consacré à la santé - qui n’est du reste pas mentionné et qui est le critère économique le plus souvent utilisé n’est pas non plus un critère de qualité de la médecine.Enfin , les efforts et les résultats de la recherche médicale israélienne,consubstantielle de la qualité des soins, ne sont pas évoqués.

  • Par Daniel Donner - 24/09/2019 - 11:09

    Je pense qu'en effet Bibi roule pour les plus favorises aussi dans le domaine de la sante. Mais il serait honnete d'ajouter quelques faits.

    "Pendant de nombreuses années, le système israélien de soins de santé était un des plus performants et des plus égalitaires. Les différents réseaux hospitaliers étaient bien dotés financièrement. Des structures médicales et paramédicales de proximité étaient souvent accessibles gratuitement aux Israéliens."

    Gratuitement? Peut-etre, mais ce qui compte en Israel aujourd'hui est plus le temps d'attente que le prix. Si vous passez par du prive, la longueur des files d'attente diminue. Le probleme est surtout la! Parce que si on reporte votre operation a dans 8 mois, serez-vous encore la dans 8 mois?
    Au fait, il est aussi important de signaler que tout ce changement n'a pas debute avec Bibi, mais avec une loi de Haim Ramon, alors travailliste, qui a defini une taxe de sante a la place des assuranes privees. Ces dernieres reviennent aujourd'hui en force (pour ceux qui peuvent se les permettre). Je ne me rappelle plus si c'etait sous Rabin ou Barak...

    Il serait honnete aussi de parler de ce qu'a realise un ministre ultra-orthodoxe sous Natanyahou dans le domaine de la sante, et qui a ete ensense par tous. N'oubliez pas que la majorite de la population ultra-orthodoxe fait partie des defavorises en Israel.

    "Netanyahou a défiscalisé les riches et a maintenu une pression fiscale importante sur les classes moyennes."

    Voila ce qui aurait du etre un des themes de la campagne electorale, la disparition lente de la classe moyenne par pauperisation (comme partout dans le monde), et ce n'est pas Ka'hol Lavan qui s'y opposera (pour revenir aux elections). En Israel il n'existe plus de gauche sociale, les travaillistes ont obtenus 6 parlementaires (5% des parlementaires!). Meretz s'interesse plus aux territoires qu'aux personnes defavorisees (Ilan Guillon n'est plus la). Ensemble ces deux partis ne font meme pas 10%! L'avenir parait sombre.