Elections israéliennes/Opinion

Kahol Lavan (Bleu Blanc), le parti décisif

Lundi 9 septembre 2019 par Willy Wolsztajn

Le 17 septembre, les Israéliens se rendront aux urnes. Quel gouvernement en sortira-t-il ? Le pays se trouve à une croisée des chemins. L’inoxydable Benjamin N. va-t-il rempiler ou partir ? Pour le bien d’Israël et celui de la Diaspora, il doit dégager. Le parti de centre droit Kahol Lavan (Bleu Blanc) de l’ex chef d’état-major Benny Gantz jouera un rôle décisif. Cela dépendra aussi de nous. Mais rien n’est gagné.

Benny Gantz

Cet article s’attirera le feu habituel des attentistes, qui nous enjoindront de nous taire ou de faire notre alyia. Parce que, prétendent-ils, nous parlons depuis nos salons européens, parce que nos enfants ne risquent pas leur vie à l’armée, etc., etc. On connaît la rengaine.

Mais il existe d’autres voix. Celles, par exemple, des Commanders for Israel’s Security[1], association qui regroupe plus de 80% des officiers au grade de général (e.r.) de l’armée, du Mossad, du Shin Beth et de la police. Eux invitent les Juifs de Diaspora à s’exprimer, à s’engager. Je préfère écouter ces patriotes, qui ont consacré leur vie à défendre leur pays, plutôt que les molles sirènes qui me prescrivent de rester au balcon.

Depuis 1948 les destins d’Israël et du judaïsme diasporique sont inextricablement liés. Pour Alexandre Adler « le sionisme devient aujourd’hui tout autant un attachement qui relie les Juifs de la diaspora à Israël qu’une idée nationale propre à Israël. Dans un même mouvement, l’existence d’Israël est admise par tous les Juifs comme une dimension centrale de leur identité et Israël renonce à l’idée selon laquelle l’avenir de tous les Juifs se trouverait, pour aujourd’hui, sur le territoire israélien[2] ».

Cette imbrication rend légitime l’opinion des Juifs diasporiques. La politique israélienne nous regarde. Certes nous ne votons pas en Israël. Mais notre voix peut y être entendue. Nous avons dès lors pour devoir moral de nous exprimer. Les trop longues années Netanyahou ont mis à mal la démocratie israélienne. Elles ont clivé, fracturé une société complexe. Elles ont brutalisé les affrontements politiques.

Un climat d’extrême violence voulu par la droite et l’extrême droite

Avec les élections municipales de 2018, les législatives du 9 avril dernier suivies de celles du 17 septembre prochain, Israël se trouve en compétition électorale continue depuis presque un an. La droite et l’extrême droite ont propagé un climat de tension, de violence et de haine inconnu en Europe. Les insultes et la vulgarité inondent les réseaux sociaux. Les slogans affichent un vide sidéral : « Rak Bibi ! » (« Seulement Bibi ! ») constitue le principal argument de Netanyahou. L’intox vire à l’abject. Une photo en Hitler de Benny Gantz rencontre un franc succès sur l’Internet. Dans les quartiers ultra orthodoxes apparaissent des placards comparant Yair Lapid à Hitler. Tout cela rappelle la campagne de diffamation qui précéda l’assassinat d’Yitzhak Rabin. Un meeting de Kahol Lavan a essuyé les tirs d’armes à air comprimé. Suite aux menaces reçues, un journaliste qui enquêtait sur Netanyahou a dû s’adjoindre les services d’un garde du corps.

Les enjeux dépassent de loin les casseroles judiciaires de Netanyahou et ses manœuvres pour échapper aux foudres de la loi. Voici quarante ans, Israël comptait parmi les plus égalitaires des pays développés. En deux générations, Israël s’est enrichi mais pour une infime minorité seulement. Start-up nation, le chômage y est bas mais le quotidien dur et Israël est devenu un des Etats les plus inégalitaires de l’OCDE.

Un bilan sociétal calamiteux

La cherté de la vie écrase les ménages. On se souvient de la révolte des tentes sur le boulevard Rothschild en 2011. Des manifestations monstres soulèvent alors les villes du pays. Attisée par la flambée des prix du fromage blanc la colère se tourne contre le montant prohibitif de l’immobilier. Alimentation de base, logement, ce mouvement social en dit long sur la détresse populaire. Cela se passait déjà sous Netanyahou. Huit ans plus tard, la situation a encore empiré.

La pénurie n’épargne pas les ministères régaliens. En 2014, le personnel diplomatique, sous rémunéré, part en grève. En 2019, les Affaires étrangères voient toujours leur action paralysée faute de financement adéquat. Nétanyahou, il est vrai, empile les casquettes ministérielles, dont les relations extérieures. Les services de santé publique ne se portent guère mieux, avec des taux d’occupation hospitalière de 100 à 120%, des patients alités dans les couloirs et des délais d’attente démesurés. L’accueil des olim (immigrants) est laissé en déshérence dans un pays dont c’est pourtant la vocation. Ne parlons pas des célèbres et spectaculaires embouteillages qui asphyxient les métropoles.

Là où ils dominent, les partis religieux imposent la ségrégation hommes femmes dans l’espace public. A shabbat, ils ordonnent la fermeture des magasins et interdisent les transports en commun, au préjudice des habitants sans voiture. Les étudiants des yeshivas sont dispensés de service militaire. Une législation d’origine ottomane abandonne au Grand Rabbinat orthodoxe la haute main sur les compétences familiales et personnelles, avec pour conséquence l’inexistence de mariages et divorces civils, l’usage du guett, le rejet des judaïsmes massorti, libéral et laïque, etc. Les partis religieux bloquent la réforme de ce droit archaïque, indigne d’un Etat moderne.

Quant à l’extrême droite nationaliste, elle veut annexer la Cisjordanie. Que fera-t-elle des quelque 3 millions de Palestiniens qui y vivent ? Elle semble méconnaître que le nationalisme palestinien constitue un antisionisme en action. A sous-estimer l’ennemi, on s’expose à de cuisantes déconvenues. Surfant sur son look glamour, sa dirigeante, la ministre de la Justice sortante, a produit un clip pour une pseudo ligne de parfum intitulée « Fascism, by Ayelet Shaked ». Même si c’est en mode sexy, le mot est lâché.

Le tableau serait incomplet sans aborder la loi constitutionnelle sur l’Etat nation du peuple juif, adoptée en 2018. Ce texte ignore 20% de la population du pays. Il traite les Arabes israéliens en citoyens de seconde zone. Il renie la vision des Pères fondateurs d’Israël. La minorité druze se sentit particulièrement mortifiée. Contrairement aux Juifs religieux planqués derrière le Talmud et la Torah, les Druzes servent dans l’armée. Ils firent connaître leur colère. Une cassure de plus au discrédit de Netanyahou.

Une grande coalition pour réparer les fractures de la désastreuse ère N.

L’ère N. se solde par un désastre. Il faut mettre un terme à ce triste et long épisode. Monsieur N. doit quitter la scène politique pour rendre des comptes à la Justice. Quant à la gauche sioniste fondatrice du pays, elle est devenue un acteur marginal, réduit à un rôle d’appoint, et ceci largement de sa propre faute.

Kahol Lavan incarne à l’heure actuelle la seule force pivot alternative aux possibles coalitions de monsieur N. Parti libéral démocrate au sens européen du terme, Kahol Lavan se situe plutôt à droite sur l’échiquier politique israélien. Cela ne l’empêche pas d’avancer un programme sociétal ambitieux. Il couvre tous les enjeux majeurs de l’Israël d’aujourd’hui.

Sur la question israélo-palestinienne, Kahol Lavan affirme que « pour préserver et sceller (…) le caractère juif et démocratique » d’Israël il « est impératif de maintenir une majorité démographique juive et donc de se séparer des Palestiniens de Judée-Samarie » par « une solution négociée. » Kahol Lavan offre la seule proposition tenable face aux plans annexionnistes et à un processus de paix en état de mort clinique.

Kahol Lavan ne fait pas mystère de vouloir installer une coalition d’union nationale, autour de lui et du Likoud, après en avoir écarté le personnel politique sous poursuites judiciaires. Cette grande coalition présenterait l’immense avantage de réunir les composantes ashkénaze, séfarade et mizrahi du judaïsme israélien. Une base sociale à la mesure des défis.

Dans le système démocratique israélien, le Président de l’Etat nomme formateur du futur gouvernement le leader du parti qui arrive en tête des élections. Kahol Lavan et le Likoud se trouvent au coude à coude. Il est primordial que Benny Gantz surpasse monsieur N. Depuis la Diaspora, nous pouvons inciter notre famille, nos amis, nos proches et nos connaissances en Israël à voter Kahol Lavan. Chaque suffrage comptera. Car ce scrutin peut se jouer à quelques voix près.

 

[1] Commanders for Israel’s Security - https://en.cis.org.il - https://fr.cis.org.il

[2] Alexandre ADLER – Le sionisme et le monde contemporain – in Le sionisme expliqué à nos potes – Editions de la Martinière – 2003 – PP 238-239.


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par ezekiel - 9/09/2019 - 11:29

    Je suis sidéré.

    Qui est ce Willy Wolsztajn qui se permet d'écrire que le 1er ministre doit dégager ? De quel droit écrit il cela ? Est il citoyen israélien vivant et votant en Israël ?

    Non il s'agit d'un militant du CCLJ qui se permet de dire aux israéliens ce qu'ils doivent faire. C'est le sommet. Même le rédacteur en chef du regards n'avait pas osé aller si loin.
    Ce qui est aussi grave, c'est que ce Mr est aussi au comité directeur du CCOJB et quelque part engage l'opinion du CCOJB.

    J'écris de ce pas au président sortant du CCOJB en demandant une clarification et j'informe aussi l'ambassadeur d'Israël avec copie au ministère israélien des affaires étrangères de cette inacceptable ingérence du CCLJ dans la politique intérieure israélienne.

    Toutes les limites ont été dépassées ici. Il est temps que l'ambassade d'Israël réagisse et remonte les bretelles du CCLJ ce qu'avait fait l'ambassadeur Kney Tal à l'époque mais visiblement cela n'a pas servi de leçon.

    E.M.

  • Par Willy Wolsztajn - 9/09/2019 - 12:34

    Il est ironique de voir un anonyme qui se dissimule sous un pseudo s'ériger en défenseur des Tables de la Loi. Ce commentaire illustre le premier paragraphe de cet article, qui anticipait cette inévitable rhétorique défraîchie.

  • Par Tonton Mordechai - 9/09/2019 - 17:06

    On pourrait rêver que le sieur Ezekiel, qui commente les différents articles de Regards avec invariablement le même manque d'arguments, comprenne enfin que le sentiment démocratique "impose" un regard critique universel, notamment sur la politique belge, française, américaine...et israélienne.
    Mais bon, on ne peut pas faire boire un âne qui n'a pas soif !

  • Par Pierre L - 9/09/2019 - 17:14

    Et si on veut se plaindre d'Ezekiel, à qui faut-il s'adresser ? Et aurait-il l'amabilité de nous communiquer son nom ?
    Il m'a toutefois procuré l'occasion de me rappeler au bon souvenir de ce pâle diplomate Kney Tal qui voulait mettre au pas le CCLJ. Mais face à Suss, il est reparti bredouille.
    Pierre

  • Par Alexandre Joaquim - 9/09/2019 - 18:45

    Aujourd’hui avec les réseaux sociaux tout un chacun a la possibilité d’émettre un avis sur la politique internationale. Trump, Poutine, Macron, Bolsonario, Orban, Erdogan etc sont le sujets de nombreuses critiques de citoyens du monde entier sans que cela ne pose aucun problème cela fait partie de la liberté d’expression. Même des papes ont été sujet de critiques comme Benoit XVI. En revanche effleurer une critique à l’encontre de Bibi est une abomination pour certains. mais où va-ton? Sous prétexte que nous vivons en Belgique nous ne pouvons émettre d’avis sur Israël et sa politique sachant l’importance qu’a cet État au Moyen-Orient et dans le monde. Je suis sidéré par un des commentaires mais beaucoup ont de la famille vivant en Israel il est normal pour une association juive et ses journalistes d’émettre leur avis même si il ne correspond pas à celui des conservateurs de tout bord! Vive la liberté d’expression et là démocratie!

  • Par Daniel Donner - 11/09/2019 - 8:08

    "L’intox vire à l’abject."

    La droite decrite comme fasciste, la gauche inexistante, et surtout, Kahol Lavan qui ne serait pas un second likoud et reglerait les problemes sociaux ce n'est pas de l'intox? Ca me rappelle que lorsque Lapid (le fils, celui de Kahol Lavan) est arrive au gouvernement il n'a pas trouve l'argent "vole" par les "religieux" et a du faire profil bas. Kahol Lavan est un parti de droite, il ne roule pas pour les defavorises. Et ne voudra pas mieux que Bibi si les elections lui donnent la longevite. De toute facon, il n'a sans doute pas d'avenir, les opinions en son sein etant si variees...
    On ne gouverne pas un pays avec pour seul slogan: tout sauf Bibi, parce que si vous signalez "Rak Bibi" (seulement Bibi) vous oubliez etrangement "Hakol 'houtz miBibi" (tout sauf Bibi) de Kahol Lavan.

    "Contrairement aux Juifs religieux planqués derrière le Talmud et la Torah, "

    Cela non plus n'est pas de l'intox? Plus de cinquante pourcents des officiers subalterne portent la kippa. Certains s'en sont meme inquiete en predisant un putch militaires. Ne pas regarder la verite en face est-ce de l'intox? Tout simplifer est-ce deja de l'intox?

  • Par Willy Wolsztajn - 12/09/2019 - 15:44

    @ Daniel Donner "L'intox vire à l'abject" Apparemment, vous ne trouvez pas abject de voir Gantz et Lapid comparés à Hitler. Quand on sait où ce genre de campagne a mené. Vous n'avez pas, semble-t-il, lu le programme de réformes de société de Kahol Lavan. Libre à vous de ne pas y croire mais il existe, il est consistant et ne se limite pas au départ de Netanyahou. Les religieux dispensés de service militaire est sans doute, à vous lire, une illusion d'optique.

  • Par ezekiel - 15/09/2019 - 9:22

    Pour Pierre,

    En réponse à votre question, je vous informe que le nommé Ezekiel s'appelle Ezekiel. Certes c'est un prénom moins courant que Pierre

    E.M.

  • Par Guy Forsbach - 16/09/2019 - 17:01

    Bien vu, bien dit. Seras-tu entendu ?

  • Par Daniel Donner - 24/09/2019 - 10:32

    @Willy Wolsztajn
    "Apparemment, vous ne trouvez pas abject de voir Gantz et Lapid comparés à Hitler."

    Apparemment? Qu'est-ce qui vous permet d'ecrire cela?

    "Vous n'avez pas, semble-t-il, lu le programme de réformes de société de Kahol Lavan."

    Je vois les fait. Lapid a deja ete ministre. Et meme ministre du budget. Cela parle pour lui!

    "Libre à vous de ne pas y croire mais il existe, il est consistant et ne se limite pas au départ de Netanyahou."

    La premiere campagne fut surtout: rak lo bibi. Quand a la seconde, voyant la reussite des provocations anti-religieuses de Lieberman, elle a tourne autour de la question. Personne ne s'interesse au social aujourd'hui en Israel (et je le dis avec une immense tristesse), sinon il faut le crier partout (comme l'a fait Orly Levy).

    "Les religieux dispensés de service militaire est sans doute, à vous lire, une illusion d'optique."

    Vous savez de quoi vous parlez? Sans doute non! Ou alors soyez plus precis dans vos affirmations. Non, "LES religieux" ne sont dispenses de rien du tout.

  • Par Amos Zot - 2/10/2019 - 8:52

    Monsieur Wolsztajn.
    Vous reprochez à Ezequiel de transmettre des commentaires anonymes mais quand on attaque Israël, il n'est pas nécessaire de se cacher sous l' anonymat.
    Vous usez dans vos attaques contre Netanyahu de nombreux doubles standards.
    Je pense qu'il est temps que le président Rivlin, la Cour suprême et les quelques journalistes intègres en Israël disent clairement que le fait pour un parti de refuser une personne ( dans le cas d'espèce Netanyahu) comme Premier ministre , en fonction de sa personne et pas d'un programme politique , et de prendre tout un pays en otage alors que cette personne a été élue démocratiquement à la tête de son parti et qu'aucune loi ne s'oppose à ce qu'il remplisse cette fonction est non seulement illégal mais démontre des tendances contre la démocratie et l'éthique juive.
    Le fait que presque toute la presse s'oppose à Netanyahu prouve que ,comme aux USA et dans de nombreux pays européens , la démocratie est en danger.
    Le droit de vote est une condition nécessaire mais pas suffisante de la démocratie; il faut aussi des médias pluralistes et ce n'est plus le cas aux USA, en Israël et dans de nombreux pays européens.
    Quant aux mariages civils (éventuellement juifs) , il suffirait que Ganz accepte d'entrer dans un gouvernement d'union nationale ( avec rotation entre Netanyahu et lui comme premier ministre) et regroupant tous les partis sionistes pour que ce soit possible.
    Le judaïsme vise la justice la plus absolue qui comprend aussi la présomption d'innocence qu'il ne faut pas confondre avec le lynchage médiatique ni la vente de casseroles.