Medias

L'exemple Enderlin

Lundi 18 octobre 2010 par O.W.

Les images du reportage sont terribles : un garçon palestinien de 12 ans, prénommé Mohammed et son père Jamal al-Dura sont accroupis près d’un mur. Une rafale de balles. Le commentaire précise : « (ils) sont la cible des tirs venus des positions israéliennes ». Dans la scène suivante, l’enfant est mort et son père grièvement blessé.

Chevronné, attaché aux faits honnête.

C’était le 30 septembre 2000, dans la Bande de Gaza. La seconde intifada avait commencé deux jours plus tôt à Jérusalem. Le sujet avait été filmé par un cameraman arabe pour Charles Enderlin, correspondant permanent en Israël de France 2. Dix ans et des milliers de morts de tous âges plus tard, le même Enderlin vient de publier un livre (*) non pas tant sur ce drame lui-même que sur l’instrumentalisation qu’en firent contre lui un groupe de Juifs français et d’Israéliens francophones.
Les images étaient trafiquées, prétendirent-ils et le commentaire faux. Pour démontrer ces assertions, ils multiplièrent au fil des ans, enquêtes, « expertises » balistiques et médico-légales, procès en justice et d’intentions, rapports « d’experts », montage de photos, arguties diverses et variées.
Résultat ? Une nouvelle version des faits aussi incontestable que précise : selon eux, les balles qui avaient touché les Al Dura n’étaient pas israéliennes. Question d’angle de tir, C’étaient donc les Palestiniens qui avaient abattu leurs propres compatriotes. Sauf que les Al Dura n’avaient pas été touchés puisqu’on ne voyait aucune trace de sang. Et le petit Mohammed n’avait pas davantage été tué puisqu’il bougeait encore après son décès.
Rien de plus normal : c’était un figurant qui s’est rendu au cœur d’une fusillade entre Tsahal et des policiers palestiniens pour faire semblant d’être tué par les Israéliens. Comédiens aussi les ambulanciers qui l’avaient évacué avec son père. De même que  les employés de la morgue de Gaza qui ont fourni à la presse une fausse photo du faux cadavre du faux petit Mohammed.
Dix ans de mensonges font-ils une vérité ?
Les blessures du père Al Dura ? Fausses, elles aussi, tout comme les rapports médicaux des médecins de l’hôpital de Gaza puis ceux d’Amman où il a été transféré par la suite. Le Roi de Jordanie qui lui a rendu visite ? Trompé ou complice de la falsification. A moins qu’il ne s’agisse d’un sosie ? Bref, on avait affaire de bout en bout à une fiction cautionnée par Enderlin.
Mais pourquoi tous ces gens ont-ils pris la peine de bâtir un tel monument de foutaises ?  Pas en mémoire du petit mort, bien sûr, et encore moins pour défendre la vérité. Quasi toutes ces gens ont en commun d’être de la droite dure ou de l’ultra-droite juive. Et d’être obsédés par l’idée de « réinformer » une opinion publique « désinformée » en permanence par la totalité de la presse mondiale, journalistes juifs inclus. L’occasion leur a semblé bonne de montrer à ces derniers les risques qu’ils encourraient s’ils ne faisaient pas leur boulot de Juif : être agressé, couvert d’insultes, de mensonges, de menaces, calomnié, harcelé… Comme l’exemple Enderlin.
Une démonstration d’autant plus forte que Charles Enderlin n’est pas n’importe qui : journaliste à Jérusalem depuis 30 ans.(et, accessoirement, durant de longues années, chef de l’équipe israélienne de notre mensuel Regards), il connaît beaucoup de monde dans tous les camps et la situation de la région mieux que personne. Il a écrit plusieurs livres dont les informations inédites ou méconnues ont brisé nombre de tabous… et fait grincer pas mal de dents. Et il est un de ceux qui « racontent » régulièrement le conflit du Moyen-Orient à la grand messe du 20h.
Reste que dix ans de bêtises mensongères ne font pas une vérité. Même si elle a certainement blessé l’homme, cette opération de démolition a échoué à briser le professionnel et le respect qu’on lui porte. Quant à ceux qui, de bonne foi, seraient tentés d’accorder quelque crédit à ses adversaires, qu’ils se posent cette question fort simple : si Enderlin avait vraiment menti, bidonné, truqué ce reportage, pourquoi l’Etat d’Israël, pourtant soucieux de son image, n’a-t-il pas jamais réagi ?
Depuis dix ans, la classe politique aurait pu exiger une enquête qui aurait déjà rendu ses conclusions. L’armée aurait pu ouvrir la sienne. On aurait dû, à tout le moins, lui ôter sa carte de presse israélienne. Rien. Tant qu’il en sera ainsi, Charles Enderlin restera ce qu’il est : un journaliste chevronné, honnête, soucieux de déontologie, attaché aux faits. Bref, au contraire de ceux qui l’attaquent, un exemple… pour sa profession.
* Charles Enderlin, Un enfant est mort, Ed. Don Quichotte, 2010.
 

 
 

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