Livres

Et si vous lisiez des polars cet été ?

Jeudi 18 juillet 2019 par Bator

Que vous partiez en voyage cet été, ou que vous restiez ici, dans un transat, Regards a pensé à vous. Voici une sélection de romans à suspens qui vous feront voyager en Judée, en l’an 30 et à New York en 1942.

 

L’Ecrivain public, de Dan Fesperman - Editions 10/18, collection Grands détectives

1942. Le jeune flic Woodrow Cain arrive de son Sud natal à New York. A peine débarqué, il se voit confier une affaire, le meurtre de deux Allemands dans le port de New York. Danziger, un énigmatique écrivain public le contacte. Ce Danziger, obsédé par le travail mémoriel, met sa plume au service des migrants fraîchement arrivés à New York. Comme un guide, il fait découvrir à Cain les quartiers des immigrants, les bas-fonds de la ville, ses milieux interlopes et l’oriente pour son enquête vers Yorkville, le quartier allemand qui abrite de nombreux pro-nazis.

A l’aube de l’entrée en guerre de l’Amérique, l’incendie du paquebot Normandy en 1942 vient réveiller la paranoïa. De fil en aiguille, Danziger et Cain, duo improbable, vont aller de découverte en découverte, avec l’implication, par exemple, de la Mafia italienne et juive dans le conflit contre les nazis. Un sujet méconnu. C’est un livre qu’on ne lâche pas, et même s’il arrive qu’on ne comprenne pas tous les ressorts, c’est une illusion. Au fur et à mesure que l’on avance dans l’histoire, tout se décante. L’auteur maîtrise son récit du début à la fin : les ambiances en noir et blanc, le travail historique de fond et une connaissance profonde de la nature humaine dans ce qu’elle a de plus beau et de plus vil, dans ce New York bouillonnant. L’écrivain public a été sélectionné par le New York Times en 2016 parmi les 10 meilleurs polars.

Apocryphe, de René Manzor - Editions Calmann Levy

René Manzor signe avec Apocryphe un thriller biblique. Le sous-titre est énigmatique : « Qu’est-ce que la vérité ? ». René Manzor s’en explique : « C’est la phrase que Ponce Pilate prononce dans les Evangiles. Quand je suis tombé dessus, je me suis dit : “On dirait du Trump !” Le seul fait de poser cette question met la vérité en doute et entraîne aussitôt la notion de “fake news”. Des tas de gens se sont posé et se posent encore cette question à propos de l’existence historique de Jésus. “Y aurait-il une autre vérité que l’on nous aurait cachée à des fins politiques ?”, se demandent-ils ».

L’écrivain s’est mis à relire les quatre Evangiles canoniques, comme une enquête policière. Jésus était-il réellement charpentier ? Ne serait-il pas plutôt rabbin ? Car c’est ainsi que le présentent ses disciples dans les Evangiles. Ils l’appellent « Rabbi », ce qui signifie rabbin/enseignant. Et si, comme le dit la Loi juive, « un homme non marié ne peut prétendre enseigner », René Manzor en déduit que Jésus avait une femme et « qu’à moins d’être stérile, Jésus avait une descendance ! Quelle formidable histoire à raconter ! ».

L’écrivain plante son histoire en l’an 30 de notre ère, en Judée, en pleine révolte contre l’occupant romain, gouvernée par Ponce Pilate d’une main de fer. Les Juifs sont divisés. De nombreuses sectes juives émergent : Samaritains, Esséniens, Sadducéens, Pharisiens, Nazoréens (les disciples de Jésus) et les Zélotes, à la tête de cette révolte contre Rome. Le récit commence avec l’agonie d’un homme, Yeshua (Jésus, en hébreu), sur une croix plantée sur le Golgotha. A quelques mètres de là, un enfant assiste à son calvaire : David, fils de Yeshua et de Mariamme de Magdala. Pourchassé, David, l’héritier, doit se cacher. Que deviendra-t-il, à l’ombre de ce père à jamais absent ? Que fera-t-il de cet héritage spirituel ?

René Manzor a choisi de traiter son sujet comme une uchronie, c’est-à-dire, une fiction  qui modifie, revisite des faits historiques, un procédé largement exploité. Quelques fois raté et quelques fois très réussi. C’est le cas d’Apocryphe. Mais pourquoi ce titre ? « Le mot "apocryphe" vient du grec "apocryphos", caché. Par extension, on appelle ainsi un écrit dont l'authenticité n'est pas établie. Ce qui est le cas de mon roman. La théorie que je développe dans Apocryphe est-elle véridique ? Non. Est-elle vraisemblable ? Oui. Probable ? Oui. Crédible aussi. Mais vraie ? Personne ne peut l’affirmer ou affirmer le contraire ». De fait, l’auteur, avec une grande habileté, nous entraîne exactement où il veut. Le style est nerveux, cinématographique ; les dialogues, efficaces. Le récit s’appuie sur un excellent travail de documentation. Un bon moment de lecture. 


 
 

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